Trump menace le monde
La newsletter du 4 janvier 📨
par Catherine Tricot
En kidnappant le président vénézuélien, Donald Trump ne défend ni la démocratie ni le droit, mais impose la loi brutale des intérêts américains. Sa puissance s’affiche sans masque et menace le monde entier.
Après des mois de piraterie aux larges des côtes vénézuéliennes, l’armada américaine a kidnappé en pleine nuit le président vénézuélien Nicolas Maduro et sa femme. Il n’a jamais été question pour Donald Trump de rétablir la démocratie là où elle est malmenée depuis des années. Le mot n’a même pas été prononcé une fois lors de sa conférence de presse fleuve. Trump ne se présente pas comme un bushiste néo-conservateur ou comme le continuateur de Truman : il ne prétend pas faire la guerre au nom de valeurs mais au nom des intérêts des grands groupes américains, à commencer ce jour pour les compagnies pétrolières. Il met en œuvre son programme, réaffirmé il y a un mois dans la stratégie de sécurité nationale : America First.
Trump entend sécuriser à un haut niveau les approvisionnements en énergie. Le pétrole est là et il entend faire respecter son « droit pétrolier ». Il ne fut question que de cela ce samedi à Mar-a-Lago : le premier producteur de pétrole fait main basse sur les plus grandes réserves de pétrole. « Nous allons investir des milliards de dollars au Venezuela et tirer une extrême richesse du sol vénézuélien ». Point.
Il convient de bien comprendre : au-delà du coup de force contre le régime vénézuélien, Donald Trump lance une menace et un défi au monde.
Un défi aux règles de droit américain qui veut que son Congrès soit consulté avant une opération de guerre. Il n’en a rien été.
Un défi à l’Organisation des Nations Unies. Les États-Unis sont un membre permanent du conseil de sécurité et, à ce titre, ils sont censés faire respecter les bases de l’institution. Or il enfreint de façon délibérée et sans aucun masque le droit international et les principe de l’ONU. Il ne joue même plus le jeu des apparences. C’est l’expression de sa force et de son droit.
Enfin, Donald Trump lance un défi au monde : il défend les intérêts américains et le fera partout où ceux-ci seront engagés. Il dirigera donc le Venezuela.
Il menace aussi. Très explicitement, il annonce vouloir s’occuper de Cuba et de la Colombie. Il maintient l’Iran dans son viseur. Insistant, le secrétaire d’État Marco Rubio prévient : « Il faut prendre les propos de Trump au sérieux ». Le président américain réaffirme que la doctrine Monroe de 1823 sera appliquée et étendue : elle considère comme pré-carré des États-Unis l’ensemble du continent américain, du nord au sud. Le droit cède à la force.
Donald Trump a prévenu : personne, aucun pays, aucun dirigeant n’est à l’abri. La menace s’adresse au monde entier.
Il jouit de la puissance de son armée. Mais surtout, Donald Trump bénéficie de la couardise d’une grande partie du monde. Peu ont soutenu ouvertement le coup de force contre le droit, la paix et la stabilité du monde. Seuls se sont réjouis l’Argentin, Javier Milei, le Chilien José Antonio Kast, l’israélien Benjamin Netanyahu et l’italienne Georgia Meloni : tous veulent un monde où la force fait office de loi. La Chine et la Russie, également membres du conseil de sécurité, ont vivement dénoncé. On attend leurs initiatives.
L’Europe, elle, se tient informée ! La France, elle aussi membre permanent du conseil de sécurité, ne dit rien. Par la voix de son président, elle prend acte. Suprême humiliation nationale, le post sur X (ex-Twitter) d’Emmanuel Macron est même repris par Donald Trump sur son réseau social Truth Social. Les Européens ont peur. Ils se taisent et se terrent. Ce faisant, ils font grossir l’ogre qui nous menace tous. Il faut arrêter de se voiler la face : Donald Trump est devenu la première menace de ce monde. Un nouvel ordre mondial doit être bâti, en rassemblant largement au Nord et au Sud, à l’Est et à l’Ouest. Mais Emmanuel Macron a abdiqué.
La gauche américaine contre Trump
Élus et journalistes de gauche étasuniens dénoncent une violation de la Constitution et du droit international. Pour eux, Donald Trump entraîne leur pays dans une guerre de prédation. Florilège.
Déclaration du sénateur Bernie Sanders
« Donald Trump a, une nouvelle fois, montré son mépris de la Constitution et de l’État de droit. Le président américain n’a pas le droit d’engager unilatéralement notre pays dans une guerre, même face à un dictateur corrompu et violent comme Maduro. Les États-Unis n’ont pas le droit, comme l’a dit Trump, de ‘diriger’ le Venezuela. Le Congrès doit immédiatement mettre fin à cette opération militaire illégale et réaffirmer ses responsabilités constitutionnelles.
L’offensive lancée contre le Venezuela menace la sécurité des États-Unis et du monde. Cette violation pure et simple du droit international donne le feu vert à tout pays souhaitant attaquer un autre pour s’emparer de ses ressources. C’est la terrifiante logique de la loi du plus fort utilisée par Poutine pour justifier son attaque brutale contre l’Ukraine.
Trump et son administration ont répété à l’envi vouloir redonner vie à la doctrine Monroe, affirmant que les États-Unis ont le droit de dominer l’hémisphère et ont ouvertement évoqué leur volonté de contrôler les ressources pétrolières du Venezuela. De l’impérialisme à l’état brut qui rappelle les heures les plus sombres du pays en Amérique latine et leurs conséquences désastreuses. Les démocrates du monde entier se doivent de le condamner, et le feront.
Trump a fait campagne sur ‘l’Amérique avant tout !’ et s’est proclamé le ‘candidat de la paix’. Alors que 60 % de nos concitoyens vivent au jour le jour, que notre système de santé s’effondre, que la crise du logement fait rage et que l’IA menace des millions d’emplois, le président devrait se concentrer sur les défis qui menacent son pays et mettre fin à cette action militaire à l’étranger. Trump est incapable de diriger les États-Unis, il ne devrait pas tenter de diriger le Venezuela. »
Déclaration de la membre du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez
« Ça n’a rien à voir avec la drogue. Sinon, Trump n’aurait pas amnistié un des plus grands narcotrafiquants du monde, le mois dernier.
Le sujet, c’est le pétrole et le changement de régime.
Ils ont besoin d’un procès maintenant pour prétendre que ce n’est pas le cas. Surtout pour détourner l’attention de l’affaire Epstein et de l’explosion des frais de santé.«
Déclaration de Rachel Maddow, animatrice télé
« Très peu d’Américains comprennent pourquoi les États-Unis ont agi ainsi. Si le sujet était vraiment le trafic de drogue, pourquoi le Président Trump a-t-il amnistié l’ancien président du Honduras, condamné pour avoir envoyé des centaines de tonnes de drogue aux États-Unis ? »
Déclaration de Chuck Schumer, leader des Démocrates au Sénat
« L’administration Trump m’a assuré à trois reprises ne pas avoir l’intention de chercher à provoquer un changement de régime ou d’engager une opération militaire au Venezuela. Ils ont délibérément menti aux Américains. […]
L’administration doit informer au plus vite le Congrès de ses objectifs et de son plan pour empêcher une crise humanitaire et géopolitique qui nous plongerait dans une nouvelle guerre sans fin ou une guerre qui remplacerait un dictateur corrompu par un autre.
Donald Trump tente de plonger l’Amérique dans plus de chaos et d’incertitude, afin de détourner l’attention de l’explosion du coût de la vie auquel les Américains sont confrontés et de la dissimulation historique de l’affaire Epstein. »
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