Attal, Philippe, Darmanin : qui rassemblera toute la droite ?
La prochaine présidentielle tournera la page de dix ans de macronisme. Et si aucun des prétendants à la suite ne souhaite assumer l’héritage, chacun compte bien occuper l’espace vacant à droite.
par Catherine Tricot
Le groupe TF1 semble avoir décidé de préempter ce tout début de campagne présidentielle. Que ce soit sur son JT ou sur le plateau de Darius Rochebin : tous les candidats y passent ou vont y passer. Et à droite comme à l’extrême droite, ils sont nombreux et bien accueillis.
Dernier en date à avoir répondu à la question chez Darius Rochebin, le ministre de la justice, Gérald Darmanin. Il est venu redire à quel point il est de droite et campé sur une vision réactionnaire. On résume. Il commence par donner son explication de la victoire de Donald Trump et cette analyse va donner le « la » de sa candidature. « Le président Trump n’est pas irrationnel. Il a été largement élu parce que les Américains voulaient reprendre le contrôle, comme les Anglais ont voulu reprendre le contrôle avec le Brexit, comme d’autres pays votent pour des gens qui veulent reprendre le contrôle de leur destin parce que la mondialisation s’est faite contre les peuples et on le paye désormais aujourd’hui ». Gérald Darmanin ose tout. Ministre d’Emmanuel Macron sans discontinuer depuis neuf ans, il se présente comme un régulateur ou un démondialisateur.
Avec complaisance, le journaliste l’inscrit dans la continuité de Philippe Séguin. « Je suis un gaulliste social », précise le candidat à la mairie de Tourcoing. La partie économique du discours est très light. Il se dit opposé à l’augmentation des impôts des grandes sociétés ; accuse le RN d’être communiste sur le plan économique. Et surtout donne corps à sa proposition de « reprendre le contrôle » : un moratoire sur l’immigration pendant trois ans. Plus aucun visa ni de travail, ni familial, ni d’étudiants. Et au bout des trois ans, les Français sont interrogés par voie référendaire sur des quotas d’immigration après modification de la Constitution. Enfin, pour faire bonne mesure, le ministre de la justice propose la fin de l’imprescriptibilité pour les crimes sexuels sur enfants (mais pas sur femme demandeuse de logement) et pour les crimes de sang. On ne voit pas l’espace laissé au RN. Gérald Darmanin, élu du Nord, l’occupe en entier.
Gabriel Attal lui aussi veut prendre pied dans l’espace mental de l’extrême droite. Il rivalise d’idées pour défaire la laïcité et stigmatiser les musulmans, se poser en garant de l’ordre. Gabriel Attal ne se réfère pas au bon sens du charcutier d’Issy-les-Moulineaux. Il est resté « start-up nation ». Il ne fait plus de meetings, trop ringards, mais des « événements » où l’on vit des « expériences ». Celle de mardi semble avoir été particulièrement barbante. Tant pis pour ceux qui ont payé 20 euros pour le « full pass » et se sont embourbés toutes les tables rondes. Seront-ils partis rassérénés par la promesse de « Nouvelle république », qui devrait aussi devenir le nom du parti macroniste-attaliste ? Gabriel Attal n’a pas retenu ses leçons de marketing : on ne change pas le nom d’une marque tous les ans… ou ça n’imprime pas. Gabriel Attal accélère pour profiter du trou d’air de son rival, l’autre ancien premier ministre, Édouard Philippe.
L’héritier d’Alain Juppé vit en accéléré le destin de son mentor : chouchou des sondages… et décrochage. Nombre de commentateurs attribuent cette baisse sondagière au crime de lèse-président : avoir demandé à Emmanuel Macron de partir. On peut en douter. Édouard Philippe n’a pas su « cranter » d’autres idées que celle fameuse d’une retraite à 67 ans. N’est-ce pas là le signe d’une politique hors-sol alors même que les macronistes ont dû concéder un recul qui fait symbole sur leur réforme fétiche ? Édouard Philippe le sait : il a besoin de se réancrer et fait donc de sa réélection à la mairie du Havre un point de passage. On reparlera de lui après.
Attal, Philippe, Darmanin : les trois sont dans un mouchoir de poche dans le cœur des Français, selon l’institut Elabe. Les LR sont portés disparus. Ces trois-là ont beaucoup en commun, notamment leur ralliement à Emmanuel Macron dès 2017. Ce qui les différencie ? Deux ont un parti, pas le troisième. Aussi se fait-il l’apôtre d’une primaire pour gagner en poids politique. Gérald Darmanin prétend ne pas avoir d’ego, n’être qu’au service de la France et redoute un second tour RN-Mélenchon. La droite a son épouvantail pour rappeler tout le monde à la raison et au bercail. Gérald Darmanin ne fait que reprendre la prophétie de Michel Barnier : la droite doit s’unir ou elle perdra la présidentielle.
🔴 RABOT DU JOUR
École sacrifiée : merci qui ?

Nouvelle agression contre l’école publique : le gouvernement vient d’officialiser la suppression de plus de 4000 postes d’enseignants à la rentrée 2026. L’exécutif annonce froidement des coupes drastiques dans les moyens humains. La baisse démographique aurait pu servir à faire baisser le nombre d’élèves par classe, pour améliorer les résultats pas terribles de l’école. Il n’en sera rien : c’est bien la logique générale d’Emmanuel Macron qui ne permet pas d’investir dans l’éducation. Ils pensent qu’il vaut mieux laisser l’argent dans les poches des riches plutôt que de former nos enfants. Voilà l’idée qu’ils se font de l’avenir ! Ce que la lecture parfois abstraite des projets de loi de finances ne laisse pas toujours apparaître saute désormais aux yeux : les dégâts très concrets de choix budgétaires se révèlent. Pas certain que ça profite à quiconque les a cautionnés, de près ou de loin.
P.P.-V.
ON VOUS RECOMMANDE…

« Les universités sont-elles au bord de la faillite ? », sur France Culture. Un débat très clair entre l’ex-conseiller d’Emmanuel Macron, Thierry Coulhon, président du directoire de l’Institut Polytechnique de Paris, et la présidente de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, Anne Fraïsse. Ou quand les arguments technos se heurtent à la réalité d’une présidente d’université. Elle vient d’écrire une lettre au président pour dénoncer une situation devenue insoutenable. Les universités sont sous-financées en France, depuis le mandat de Hollande – la dotation moyenne de l’État pour un étudiant, c’est 5000€ en France contre 50 000 aux États-Unis – et le système de dotations est totalement arbitraire et opaque. Les conséquences sont nettes : manque d’enseignants, surcharge de travail. Et des drames : Anne Fraïsse vient de vivre, en cinq ans, « quatre suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), trois crises cardiaques au travail, deux AVC [au bureau], sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out ». Qu’en dit Thierry Coulhon ? « On ne meurt pas au travail en France ». À ce niveau-là, ça n’est plus du déni…
C’EST CADEAU 🎁🎁🎁
Le « Boss » frappe encore : « J’ai écrit cette chanson samedi, l’ai enregistrée hier et l’ai publiée pour vous aujourd’hui [le 28 janvier, NDLR]en réponse à la terreur d’État infligée à la ville de Minneapolis. Elle est dédiée aux habitants de Minneapolis, à nos voisins immigrés innocents et à la mémoire d’Alex Pretti et de Renee Good. Restez libres. »
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