Extrême droite : la combattre sans compter

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La newsletter du 22 décembre 📨

par Catherine Tricot

Face à Marion Maréchal sur LCI, Marine Tondelier a vacillé. Pour la gauche, l’alerte se confirme.

LCI organise des grandes émissions politiques avec de possibles candidats à l’élection présidentielle. Déjà ! Marine Tondelier, désignée candidate des Ecologistes pour la primaire des gauches, était l’invitée ce vendredi de la chaîne d’infos. Elle était notamment opposée à Marion Maréchal. A écouter ce face-à-face, on peut être inquiet de la solidité de la gauche, surtout après le fiasco de Glucksmann face à Zemmour dans la même émission.

Marine Tondelier n’est pas la moins expérimentée ni la moins assurée dans les débats politiques. Mais cela n’a pas suffi. L’échec va au-delà de celui d’une personne. 

Le thème proposé par Marion Maréchal, auquel Marine Tondelier avait consenti, était celui de l’immigration, de l’insécurité et de la laïcité. Chacune est venue préparée et bardée de chiffres. Marine Tondelier a tenté de corriger, rectifier et faire des mises au point sur les données mises en avant par son adversaire. Mais c’est Marion Maréchal qui a imposé les termes du débat et le cœur de son discours : les immigrés sont la cause première de l’insécurité ; ils compromettent la laïcité et l’égalité femmes-hommes, chères à notre nation.

Le problème central n’est pas que Marion Maréchal manipule la réalité, même si c’est bien sûr ce qu’elle fait. Le problème est qu’elle organise et impose un discours. Elle donne une cohérence idéologique à des données sélectionnées, exagérées ou sorties de leur contexte. Elle ne cherche pas seulement à avoir raison : elle structure son récit et le rend crédible. 

On ne peut s’opposer à cette structure idéologique renforcée depuis des décennies en lui opposant d’autres chiffres. Rétablir des vérités partielles ne suffit pas à neutraliser l’efficacité d’une vision partout répétée. L’extrême droite ne gagne pas parce que ses chiffres sont exacts. Elle gagne parce qu’ils viennent confirmer une lecture du réel qui donne sens à des angoisses. Tant que cette lecture ne sera pas remplacée par une autre, elle continuera de prospérer.

Il faut prendre garde à la manière dont on répond aux logiques déployées par l’extrême droite. C’est le cas lorsque l’on répond que les immigrés délinquants ne le sont pas parce qu’ils sont immigrés mais parce qu’ils sont des pauvres. Ainsi, soutenir, comme trop souvent à gauche, qu’il y a davantage d’immigrés dans les prisons parce qu’ils sont les plus pauvres est un argument inflammable… quand bien même il ne serait pas neuf. Il est, en fait, catastrophique. Il vise sans le vouloir la masse des hommes jeunes des quartiers populaires, immigrés ou non, à la fois exclus et en révolte contre ce monde qui ne leur fait pas de place. Donc on admettrait que les pauvres étant potentiellement délinquants, il faut les contrôler, les reléguer et les réprimer ? Au lieu de s’en tenir à la logique policière de la suspicion et de la contrainte, il est plus juste d’user d’une autre logique. 

Ce n’est pas en assimilant classes populaires et classes dangereuses qu’on a pu contenir la tentation désespérée du hors-la-loi et de la violence. C’est quand on cesse de reléguer, qu’on intègre, qu’on ouvre à la possibilité de progression sociale, qu’on rompt le cycle infernal de la mise à l’écart et de la violence. Désigner les immigrés comme des délinquants potentiels contribue à exacerber leur ressentiment, leur désespérance et à nourrir l’idée qu’il n’y a pas d’autre solution que l’écart à l’égard de la loi. La politique anti-immigrée n’écarte pas la violence : elle la nourrit, la légitime et ouvre la possibilité de son extension sans fin.

Face au projet d’extrême droite qu’il faut désigner comme tel, et qui se traduit en projet de tri, d’exclusion, de hiérarchisation des vies, la question pour la gauche est celui d’affirmer valeurs, principes, finalités. En l’occurrence, dire qu’il faut une politique d’accueil des migrants aujourd’hui abandonnée. Et exprimer que la gauche vise la construction d’une France, d’un monde où chacun peut prendre place et nourrir l’espoir d’une vie meilleure. C’est le fond de notre projet et de la lutte contre la criminalité.

S’en tenir à discuter et corriger les chiffres sans proposer un autre récit revient à perdre la bataille avant même qu’elle ne commence. Ce qu’il faut opposer à Marion Maréchal, ce n’est pas seulement une meilleure lecture des données, c’est un projet alternatif. Une autre explication globale de ce qui produit l’insécurité, les tensions sociales, la violence.

L’impréparation évidente de la cheffe des écologistes est aussi le symptôme que la force des punchlines ne suffit pas quand il faut combattre une extrême droite solide. On ne va pas à un débat de cette nature sans savoir précisément ce que l’on veut y défendre. Dans un débat politique, celui qui sait où il va a toujours un avantage sur celui qui improvise ses réponses en défense. Le passage sur la question du voile des petites filles était une caricature : il ne fut même pas opposé à Marion Maréchal qu’elle ne s’intéresse au sort des femmes qu’au seul sujet du voile et qu’elle défend une vision archaïque des rôles sexuels ; que la gauche entend défendre les libertés pour toutes face à leurs ennemis, fascistes de tout poils, islamistes compris et qu’elle défend une laïcité qui permet à chacun de vivre selon ses convictions.

Ce débat n’est pas un accident médiatique mais un symptôme. On ne peut affronter l’extrême droite sans un projet et une vision solide, alternative au monde qui va mal. Les chiffres ne viennent qu’éclairer cette proposition politique et les punchlines, l’ancrer dans les mémoires. Pas l’inverse.

Catherine Tricot

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  • « Ce que fait le PSOE est innommable : face à une droite bien réelle, une gauche de façade ne suffit pas »
  • « L’argument selon lequel l’extrême droite serait quelque chose de nouveau ne tient plus : quand les gens n’ont pas d’avenir, ils votent pour le passé (même s’il est inventé). »

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1 commentaire

  1. Lucien Matron le 23 décembre 2025 à 04:49

    Je n’ai pas vu le débat Tondelier / Le Pen, je ne regarde jamais les chaînes d’info comme C News, BFM, LCI…Je suis un auditeur du service public, France Inter, France Culture, France Musique, un téléspectateur de France Télévision ( sauf parfois pour le sport) et LCP, et un lecteur du Monde Diplomatique, de l’Humanité, abonné à deux seuls magazines : Le Nouvel Obs et Regards. Sans compter, la lecture de nombreux livres de nature sociale ou politique. Par conséquent, j’essaie de me préserver d’une proximité avec l’idéologue d’extrême droite, l’équilibre du temps de parole imposée par l’Arcom étant suffisant pour entendre les arguments de l’extrême droite.
    Il y a quelques jours, j’ai regardé intégralement sur LCP les auditions de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public de Patrick Cohen puis Thomas Legrand ( environ 2 heures chacune). J’ai étê effaré par le comportement du député d’extrême droite Charles Alloncle dont le but était d’instruire un procès à charge et pas d’éclairer la représentation nationale et le public Sa rhétorique étzit purement de type «  procès stalinien » . Autrement dit, nous sommes prévenus, si la droite et l’extrême droite arrivaient au pouvoir, chacun devrait être en capacité de comprendre ce qui se passerait : restriction des libertés fondamentales, démantèlement des services publics, alignement sur les thèses complotistes, endoctrinement de la population, etc…À ce jour, le plus inquiétant est la non-réponse globale de la gauche, incapable de se rassembler et d’offrir un projet cohérent face à la vague de la droite extrême qui monte dangereusement et pourrait se transformer en tsunami électoral. De ce point de vue l’indigence intellectuelle, culturelle et politique de certains leaders de gauche est absolument sidérante. L’absence de colonne vertébrale idéologique sauf chez les communistes, la France Insoumise et quelques autres éco-démocrates comme Clémentine Autain, est significative de l’expression politique actuelle. C’est un constat accablant qui montre l’absence de réelle formation politique de haut niveau comme pouvaient l’être, par exemple, les écoles du PCF ; école élémentaire, école fédérale, école centrale , école internationale…Ce n’est pas dans les écoles de journalisme , à Sciences Po, ou encore à l’ENA que peuvent se former les cadres politiques dont le pays a besoin pour résister et combattre l’idéologie d’extrême droite…Il appartient aux organisations politiques de prendre la mesure de ce constat et d’en tirer les conséquences.

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