François Bayrou démasqué

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Après 100 jours de pouvoir, le premier ministre a renié toutes ou presque de ses promesses : comme l’écrivait le cardinal de Retz, on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment.

Prendre le relais après Michel Barnier, avec le même « socle » à l’Assemblée nationale et Emmanuel Macron toujours président relevait d’une mission d’apparence impossible. Comme François Bayrou n’est pas Tom Cruise, on se disait que ça irait nécessairement dans le mur. Et on avait raison.


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À son arrivée au pouvoir, Bayrou était porteur de trois promesses. La première, c’était, au contraire de son prédécesseur, de se tourner davantage vers la gauche que vers l’extrême droite. On se souvient des allers-retours à Matignon des capitaineries des écologistes, des communistes et des socialistes pour constituer un bloc de non-censure. Finalement, seuls les derniers avaient validé temporairement l’accord. Trois mois après, on ne compte plus les gages donnés à la droite, voire à l’extrême droite : de l’utilisation du concept de « submersion migratoire » aux attaques en règles contre l’État de droit en passant par les orientations islamophobes et racistes.

La deuxième promesse était celle de redonner toute sa place à la démocratie sociale. C’était même, on pouvait le penser, dans l’ADN de François Bayrou. La question de la contre-réforme des retraites, abcès toujours purulent dans le rapport des Français au gouvernement dominé par Emmanuel Macron, avait été bien identifiée par le premier ministre et il avait proposé, pour sortir de cette crise sans fin, le fameux conclave entre les partenaires sociaux. « Sans tabou ni totem. » Las : le Palois l’a siphonné en empêchant que la vraie démocratie sociale se déploie, à coups de bornes et de limites, jusqu’à provoquer l’explosion finale en décrétant l’impossibilité du retour à 62 ans. Un reniement qui met en péril la confiance en son action.

Le premier ministre n’a pas la main sur son avenir : ce sont ses oppositions qui l’ont. Ce sont elles qui décideront, quand elles le voudront, de faire tomber le couperet. Bref, cela fait 30 ans que François Bayrou cherche le pouvoir. Et depuis qu’il est à Matignon, il ne l’a pas davantage qu’auparavant.

La troisième promesse relevait du politique dans sa forme la plus stratégique : il s’agissait d’assumer un gouvernement de poids lourds qui pourraient conserver leur liberté de parole afin de ménager les différentes sensibilités du bloc censé le soutenir. Sauf qu’il a surtout mis en place un rapport de forces à l’avantage de la droite extrême : deux ministres de l’intérieur/des affaires étrangères – Bruno Retailleau et Gérald Darmanin – obsédés par un ordre de bottes qui claquent, occupent tout l’espace médiatique. Avec la nécessaire bienveillance du chef du gouvernement qui se retrouve, par exemple, à devoir endosser leur volonté raciste d’affrontement avec l’Algérie.

Une question demeure : François Bayrou peut-il durer comme ça encore longtemps ? La réponse théorique la plus évidente est non. On se rappelle qu’il avait échappé à la censure grâce à l’abstention du Parti socialiste et du Rassemblement national – malgré leur maintien, pour des raisons différentes, dans une opposition sans ambiguïté à sa politique. Au fond, le premier ministre n’a pas la main sur son avenir : ce sont ses oppositions qui l’ont. Ce sont elles qui, au gré de leurs intérêts, décideront, quand elles le voudront, de faire tomber le couperet. Bref, cela fait 30 ans que François Bayrou cherche le pouvoir. Et depuis qu’il est à Matignon, il ne l’a pas davantage qu’auparavant.

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