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« En France, on croit que l’universalime est un totem d’immunité anti-discriminations. C’est faux. »

Le député « Les Nouveaux Démocrates » Aurélien Taché vient de publier, avec Christophe Bertossi et Jan Willem Duyvendak, Nativisme, ceux qui sont nés quelque part… et qui veulent en exclure les autres aux éditions Les Petits Matins. Il est l’invité de la Midinale.

UNE MIDINALE À VOIR…

 

ET À LIRE…

Sur la définition du nativisme
« Le nativisme, c’est un peu la prime à l’ancienneté c’est-à-dire que, dans un pays, on considère que ceux qui sont la depuis le plus de temps ont le plus de droits. »
« Souvent, ce sont les premières vagues de migration elles-mêmes qui finissent par vouloir fermer la porte. »
« Ce sont des pays d’émigration comme les Etats-Unis ou l’Australie où un certain nombre de premiers immigrés considèrent que c’est leurs terres et que ceux qui sont arrivés ensuite n’ont rien à faire là ou doivent avoir moins de droits que les autres. »
« Ce n’est pas tout à fait le même concept que le racisme parce qu’il n’y a pas, a priori, dans le nativisme, de gens qui vont dire que les Blancs sont supérieurs aux Noirs mais ils nient l’universalisme au sens propre et les droits de l’homme. »

Sur le racisme et l’islamophobie du nativisme
« Il y a une notion d’exclusion dans le nativisme : tout le monde ne pourrait pas rentrer dans l’universel. »
« Le musulman est souvent désigné dans les pays occidentaux à l’époque contemporaine comme ne pouvant pas entrer dans une sorte d’universalité, dans les droits humains. »
« On dit que les Pays-Bas est un pays multiculturaliste mais, en réalité, ce multiculturalisme y est assez introuvable. Pour faire un parallèle avec la France, on peut dire que les immigrés, et notamment ceux de culture musulmane, y sont tout autant rejetés avec des mécanismes un peu différents : dans ce pays, on va expliquer que pour garder des coutumes libérales, pour revendiquer une tradition féministe ou pour défendre les droits des LGBT, on est obligé d’exclure le musulman qui ne peut pas, soit-disant à cause de l’islam, entrer dans une culture qui serait celle d’un pays libéral. En France, c’est plus autour de concepts comme la laïcité qu’on va dire que l’immigré, notamment de culture musulmane, n’est pas compatible avec la France. »
« On se revendique d’un corpus de traditions qui relèverait de l’identité nationale qui fait que l’on exclut certaines catégories de population. On essaie donc de travestir ce qui est une identité nationale qui exclut en universalisme ou en multiculturalisme. »

Sur la laïcité et le républicanisme
« Il faudrait revenir à une conception de la laïcité qui était celle du départ, de 1905 : la laïcité comme un principe d’organisation de la société qui permet à chacun de croire ou de ne pas croire, qui fait que l’Etat est neutre et ne choisit aucune religion mais qui n’est pas érigée en valeur. »
« Le problème dans le nativisme, c’est que l’on prend un principe et qu’on en fait une valeur : quand Xavier Bertrand ou d’autres veulent inscrire la laïcité dans la Constitution, leur idée est d’en faire quelque chose qui n’est plus un principe de liberté mais qui serait une espèce de valeur identitaire. La République devient quelque chose d’autre que le cadre de la démocratie et des droits de l’Homme. »
« Certains vont même plus loin : Marine Le Pen propose d’inscrire l’identité nationale dans la Constitution. Elle le fait parce qu’elle sait que la laïcité telle qu’issue de la loi de 1905 ne permettra pas de faire une loi pour interdire le voile dans l’espace public : ce serait contraire à la liberté de conscience. Mais si on inscrit l’identité nationale dans la Constitution, on peut tout d’un coup dire, que la France est un pays ou finalement ou tel ou tel signe religieux comme le voile, est rejeté. »

Sur l’identité française
« Le cadre politique dans lequel on évolue, c’est la démocratie et les droits de l’Homme. Quand on attache les droits humains à la démocratie, cela donne la République. »
« J’ai soutenu Emmanuel Macron pendant trois ans et j’aimais beaucoup lorsqu’il disait que la culture française était un fleuve avec mille confluents c’est-à-dire qu’il n’y avait pas une culture française monolithique. »
« Il y a des identités régionales et des cultures diverses. C’est cela qui fait historiquement un peuple. Mais la Nation n’est qu’une fiction politique. Elle n’a pas à être décrite en termes culturels ou identitaires. »
« Il y a un certain art d’être français : on s’engueule, on a une certaine culture littéraire. Mais il ne faut surtout pas se prétendre d’une quelconque objectivité en la matière. »

Sur l’identité française
« Dans un pays comme la France, il y a beaucoup de non-dits et d’impensés sur la question des discriminations, des religions ou des cultures. »
« On a hérité des Lumières une conception très abstraite de la citoyenneté. Cela a figé et réifié à une époque où l’homme blanc qui était la figure révolutionnaire à ce moment-là. »
« L’héritage jacobin fait que l’on a énormément de mal à penser l’altérité. Et cela a été accentué par la tradition très marxiste de la gauche. »
« Le marxisme considérant que tout est économique et social a énormément de mal à voir l’individu et les discriminations qu’il peut subir en fonction de son genre, de son origine… Le credo marxiste traditionnel, c’est : résolvons la question des moyens de production et tout cela disparaitra. C’est faux. »
« Aux Etats-Unis, il y a une tradition des combats, des marches civiques pour les libertés qui est beaucoup plus forte et qui permet d’appréhender ces phénomènes. »
« En France, on a un tabou parce que l’universalime serait un totem d’immunité contre toutes les difficultés et discriminations. Et c’est particulièrement difficile à déconstruire. »

Sur la bataille culturelle
« Mon ressenti en tant que parlementaire militant intersectionnel, c’est que l’on prend cher et que c’est très compliqué. »
« C’était manifeste au Parti socialiste et je pensais qu’en allant vers la macronie en 2017 que, certes ils étaient libéraux, mais que sur ces sujets-là, ils seraient plus en pointe, mais c’est un enfer absolu : avec Jean-Michel Blanquer et beaucoup de figures de ce mouvement politique, le contraire absolu de cela. »
« Aujourd’hui, qu’est-ce qui différencie des conservateurs de droite traditionalistes et catholiques, de ces pseudo-républicains ? »
« A part quelques figures comme Sandrine Rousseau ou Elsa Faucillon qui sont vraiment au clair sur ces sujets, on a beaucoup de mal… L’anathème d’islamogauchiste n’existe qu’en France ! »
« Si on s’américanise, ce n’est pas parce que l’on deviendrait woke ou intersectionnel mais parce qu’il y a une trumpisation du débat français qui est terrible et qui touche une partie de la gauche. »

Sur l’écologie politique et l’identité française
« L’écologie politique peut être une nouvelle matrice pour renouer avec l’humanisme que je chéris en y faisant entrer de nouvelles problématiques, notamment le vivant. »
« On a eu un humanisme imparfait après la Révolution française qui a pensé les droits humains en oubliant les femmes, les personnes racisées, sans parler des non-humains. L’écologie politique doit être cette matrice permet de dire que chaque vie compte, que l’on doit internationaliser l’ensemble des réponses politiques parce que les problématiques sont internationales comme le climat. »

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Pablo Pillaud-Vivien

Responsable éditorial de regards.fr / Twitter : @ppillaudvivien