Le pouvoir d’achat, c’est toute une vie
En ce jour de grève, il n’est pas uniquement question du prix de l’essence ou du panier de courses. Une inquiétude plus profonde s’exprime : ne plus pouvoir vivre correctement de son travail, ne plus avoir de perspectives et ne plus être à l’abri au moindre accident.
Le pouvoir d’achat est une bataille politique. Chacun prétend le défendre, chacun promet de l’améliorer. Le mécontentement des Français ne tient pas seulement au prix de l’essence, même si celui-ci fait basculer les budgets serrés. Il tient à une réalité plus générale, celle de travailler, de faire des efforts, de compter et de ne plus pouvoir s’offrir des plaisirs simples.
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L’insee l’a confirmé dans une étude. Depuis 2010, le pouvoir d’achat aurait progressé en moyenne de 0,5% par an par unité de consommation. Mais en 2025, le pouvoir d’achat par unité de consommation a bel et bien diminué de 0,7%. Mais la moyenne nationale ne dit pas tout; elle ne dit pas ce que vivent celles et ceux dont les revenus stagnent, tandis que leurs dépenses augmentent.
Que reste-t-il une fois les factures contraintes payées ? Le logement, l’électricité, le chauffage, l’alimentation, les assurances, les transports, le téléphone et internet : toutes ces dépenses réduisent la part du revenu dont chacun peut librement disposer. La vie est devenue une série d’abonnements et de prélèvements. Même les loisirs sont de plus en plus soumis à ces abonnements – salle de sport, jeux vidéo ou plateformes. Devoir s’en priver faute de pouvoir se les payer est une blessure.
La France connaît une smicardisation de la société. En dix ans, le nombre de salariés payés au smic est passé de 1,6 à 2,2 millions de personnes. Mais les augmentations automatiques du salaire minimum ne suffisent plus à entraîner l’ensemble des grilles salariales. Les carrières se tassent, les qualifications sont moins bien reconnues et les écarts de salaire se réduisent par le bas.
Les revenus ne parlent que d’une partie du réel : ils laissent de côté le patrimoine. Selon l’Insee, les 10% des ménages les mieux dotés détiennent 48% du patrimoine national. La moitié la moins dotée n’en possède que 7%.
La progression de la pauvreté le confirme. En 2024, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, soit 15,4% de la population. C’est le niveau le plus élevé depuis 30 ans. La pauvreté ne relève pas d’un sentiment ; elle est une réalité mesurée qui concerne une part croissante de la population. Dans les années 1980, un professeur des écoles débutait sa carrière avec l’équivalent de 2,2 smics. Aujourd’hui, il en gagne 1,2.
Les revenus ne parlent que d’une partie du réel : ils laissent de côté le patrimoine. Selon l’Insee, les 10% des ménages les mieux dotés détiennent 48% du patrimoine national. La moitié la moins dotée n’en possède que 7%. 30% des ménages disposent de moins de 40 000 euros. Un monde sépare celui qui possède un logement, des placements et une épargne transmissible à ses enfants et celui qui consacre l’essentiel de son salaire à son loyer et à l’alimentation.
Dans la tension autour de la baisse du pouvoir d’achat, il y a la difficulté à faire face à une panne de voiture, une séparation, une dépense de santé ou une perte d’emploi. Les chiffres du Livret A sont éloquents. En 2024, son encours moyen atteignait 7500 euros. Mais surtout 32% des livrets contenaient moins de 150 euros. Pour beaucoup, il n’y a pas de matelas de sécurité. Il y a seulement l’espoir que rien ne viendra dérégler le budget du mois prochain.
Voilà pourquoi la mobilisation d’aujourd’hui exprime une inquiétude sur la qualité de vie, sur l’avenir et sur la capacité à maîtriser son existence. Voilà pourquoi elle rejoint les revendications des gilets jaunes et le stress des jeunes. Ça se verra dans les rues de France.