Le Medef voulait parler économie, ils ont parlé politique

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Le débat organisé par le Medef a clarifié les lignes : Retailleau rêve de tronçonneuse, Attal et Philippe de choc social, tandis que Tondelier, Mélenchon et Glucksmann défendent, chacun à leur manière, une autre conception de l’État et du modèle social.

Pendant plus de trois heures, sept candidats à l’élection présidentielle ont débattu d’économie. Les sélectionnés comme les thèmes ont été choisis par la puissance invitante, le Medef, « très inquiet », comme toujours avant chaque élection présidentielle. Malgré les efforts de Marine Tondelier, l’écologie fut peu débattue. Malgré la présence de Marine Le Pen, l’immigration non plus. Mais il ne s’est pas rien dit. Ce fut même un tour de chauffe assez instructif.


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Ce fut un débat sérieux avec des politiques qui argumentent avec les bons ordres de grandeur. Loin des blagounettes du premier ministre, l’unité de compte était les dizaines de milliards. Exemple : Marine Tondelier a rappelé que, sur les 150 milliards de déficit annuel, 62 sont directement imputables aux baisses d’impôts. Jean-Luc Mélenchon a dit combien coûtent à la collectivité des maladies comme le diabète (9 milliards) ou les émissions de particules fines (19 milliards). Raphaël Glucksmann a révélé que les subventions aux industries fossiles se montent à 70 milliards par an. En les écoutant tous, on comprenait que la politique économique, ce n’est pas des économies à la petite semaine. Et les leviers de décisions existent.

La seconde leçon de ce débat est une lisibilité plus nette des profils politiques : Bruno Retailleau sort son va-tout et entend la jouer comme Javier Milei – le look rock en moins. Son crédo : « Il faut changer de système » et en finir avec l’assistanat. Il veut mettre à bas « l’État vorace et l’État paperasse qui prend les entreprises pour des vaches à lait » et promet de sortir du « social-étatisme ». Adieu le code du travail ! Il rêve de passer à la tronçonneuse 300 000 emplois publics et de réformer la constitution pour extirper le principe de précaution.

Gabriel Attal et Édouard Philippe, dans des styles différents, ont tous deux revendiqué la politique de l’offre. Attal s’est dit fier d’avoir « baissé les impôts sur les bénéfices des entreprises de 33% à 25% et mis en place la flat tax » qui protège les plus riches. Mais ni l’un ni l’autre ne se veulent seulement dans les pas de Macron. Après avoir affamé l’État et les services publics, ils regorgent d’idées pour défaire le pacte social et conforter les inégalités. Ils préconisent une politique du choc massif contre le social.

Jean-Luc Mélenchon ne jouait certes pas à domicile. Courageux dans cette enceinte, il s’est fait le défenseur de l’État. Au total, tous les candidats ont promis des ruptures profondes et rapides. Il faut croire que le consensus s’établit sur le lamentable bilan de ces deux quinquennats. 

Raphaël Glucksmann s’est révélé assez politique. Convaincu que « si on casse le modèle social, on casse la démocratie », il a dévoilé sa proposition d’un « contrat patriotique » autour de trois thèmes : « la révolution écologique qui est aussi une révolution industrielle » ; la promotion d’une société de travailleurs et non d’héritiers et de rentiers ; un pays de créateur notamment dans les nouvelles technologies. On peut y voir des ressemblances avec le projet de Macron 2017. Il assure : « Parce que nous n’avons pas assez d’argent, nous devons investir dans l’écologie ». Mais il raconte des balivernes sur la possible compensation des baisses de charges par un impôt sur l’héritage des plus riches. Raphaël Glucksmann cherche, sans trouver, la façon d’augmenter le pouvoir d’achat sans augmenter les salaires.

Jean-Luc Mélenchon ne jouait certes pas à domicile. Abandonnant l’arrogance, sans exclure la fermeté, dans l’affirmation de ses désaccords, il a cherché à montrer que « les patrons » ne sont pas une catégorie globale aux intérêts uniformes et que l’État ne devrait pas laisser certains, comme à ArcelorMittal, jouer contre l’intérêt du pays. Et il a voulu convaincre que des convergences sont possibles avec le reste de la population et du pays. Il proposa un accord : promouvoir une nouvelle politique de santé et restituer les économies en baisse de cotisation maladie. Il a parlé ambitions industrielles autour de l’IA, l’ordinateur quantique et l’avion spatial et rappela qu’une industrie moderne suppose une classe ouvrière bien payée. Il a introduit une différence d’appréciation – et de traitement – entre le capital financier et le capital productif. Courageux dans cette enceinte, il s’est fait le défenseur de l’État.

Comme toujours, Marine Tondelier s’est montrée très pugnace. Audacieuse, elle a rappelé la position du Medef sur l’immigration. Malaise à droite. Avec Jean-Luc Mélenchon, elle s’est attachée à dissocier grandes entreprises et PME et s’est voulue au côté de ces dernières. Elle a proposé « des prêts à taux zéro pour la décarbonation de l’activité ».

Se sachant en tête des sondages, Marine Le Pen est restée prudente, presque en retrait. Elle a maintenu le flou sur les retraites mais n’a pas lâché les 60 ans. Trouvez le loup. Déterminée à agir, elle usera d’ordonnances contre les normes, les impôts, etc. Comme Jean-Luc Mélenchon, elle a demandé à être jugée sur ses propositions et pas sur les idées préconçues. 

Au total, tous les candidats ont promis des ruptures profondes et rapides. Il faut croire que le consensus s’établit sur le lamentable bilan de ces deux quinquennats. 

Enfin une dernière leçon de ce débat : on voit mal ce qui interdit l’alliance Attal et Philippe. En revanche, si on voit bien des différences, notamment sur l’Europe, sur la Chine ou sur les salaires, on comprend mal ce qui bloquerait les convergences des candidats de gauche. Glucksmann s’est même montré offensif contre Attal et Philippe et en appui de Mélenchon sur la question de la dette. Mais Glucksmann peut-il s’enferrer dans des oukases contre le candidat insoumis et viser des convergences avec Attal ou Philippe ? Hier soir, rien ne le justifiait.

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