Attal-Philippe : deux droites pour une même impasse

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Les deux anciens premiers ministres de Macron se disputent le même espace politique, sans parvenir à décoller dans les sondages. Derrière leurs différences tactiques et leurs effets de communication, une même orthodoxie libérale et une même incapacité à répondre aux grandes crises du moment. Leur fusion semble inévitable. Leur salut, bien incertain.

Les puristes des sciences politiques le contesteront mais, disons qu’à ce jour et pour simplifier, la droite se divise en deux grandes familles : les modernistes – dominés par les macronistes – et la droite tradi avec Retailleau et Bellamy en têtes pensantes. Ces derniers, en voie d’absorption par l’extrême droite, luttent pour leur survie. Mais ils ont encore une certaine utilité pour ce camp : bloquer quelques centaines de milliers d’électeurs qui, sinon, pourraient filer direct chez Zemmour ou le RN. Ce qui reste d’un peu vivant à droite est désormais incarné par deux partis et deux candidats : Horizons et Edouard Philippe d’une part, Gabriel Attal et Renaissance d’autre part. 

Ce qui les distingue ? Leurs programmes ne sont pas encore sortis mais le passé de leurs actions trace une ligne parallèle. Elles devraient pourtant se rejoindre avant l’infini. Tout le monde ne parle que de cela : quand fusionneront-ils leur candidature ? Madame Bons-offices, Yaël Braun-Pivet, organise donc des dîners pour que les lieutenants se parlent et tracent ce chemin de convergence. Les sondages inquiètent et mettent en doute l’accession de l’un d’eux au second tour : ni la candidature d’Attal ni celle de Philippe n’embrayent. La fusion de ces candidatures va s’imposer, d’autant que rien sur le fond ne les distinguent vraiment. Les deux anciens premiers ministres de Macron sont des soutiens de l’orthodoxie libérale, convaincus que les premiers de cordés nous sauveront et que donc – petits chéris -, il faut les aider et ne rien leur demander. Ils bavassent pour se départager sur les revenus des profs – d’autant plus facile à augmenter qu’ils seront moins nombreux avec la décrue démographique.

Leur vraie différence est tactique : faut-il tenter de retrouver les macronistes de 2017 (option Attal) ou relancer la droite UMP (option Philippe) ?  Dans ce débat, le maire du Havre a les coudées franches. Il peut davantage se démarquer du président honni et développer un programme d’une grande pureté libérale. Comme son ancien mentor Alain Juppé, tenant de la mondialisation heureuse, il veut faire une promesse de bonheur. Elle passera par la libéralisation tous azimuts : depuis les directeurs d’école devenus des patrons jusqu’aux retraites que chacun financera par capitalisation. Pour séduire l’aile la plus autoritaire de la droite, les élus Horizon demandent, avec le RN, la remise en cause de l’accord de partenariat avec l’Algérie et votent, avec l’extrême droite au parlement européen, pour les hotspots hors UE en charge de l’immigration, qu’elle soit d’asile ou non. Franchissant un cap dans la rupture avec la tradition d’accueil de la France, Edouard Philippe vient de promettre à Mayotte la fin du droit du sol dans l’île et la fin de toute immigration pendant les 5 ans à venir. 

Fidèle à sa maîtrise de communiquant, Attal enfourche les sujets qui peuvent faire la conversation au bar de la plage ou à la cantine. Quoi de mieux que l’interdiction des réseaux sociaux pour les jeunes ? À la recherche d’idées disruptives comme en 2017, il propose d’en finir avec la continuité de l’administration: ses cadres seraient renouvelés et liés aux élus à chaque élection. Populiste comme pas deux, il propose de réduire les cotisations sociales pour augmenter le salaire net et d’abaisser encore la protection chômage. Comme dirait Macron, Attal et Philippe « c’est la foire à la saucisse » des idées les plus destructrices de l’État, des protections sociales et des services publics. Mais aucun n’a la moindre idée sur l’écologie ni d’ailleurs sur la dette qui, évidemment, ne sera pas réduite en cherchant dans les poches des chômeurs et des retraités. 

Quelque soit l’habillage, leurs idées sont éculées ou anecdotiques. Attal et Philippe font ce qu’ils peuvent mais ils peuvent peu dans ce moment de bilan calamiteux et de conscience de bascule. Ils vont donc s’unir tôt ou tard, mais ils ne pourront apporter de réponses solides aux nombreuses et radicales questions du temps. C’est pour cela que cela que leur candidature n’imprime pas, ne décolle pas. Leur seule planche de salut : la peur du changement. Leur seule chance de se faire entendre : promettre le changement. Bref, unis derrière l’un ou l’autre, c’est sûrement foutu pour eux deux.

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