Au Festival d’Avignon, le cri dans le désert des artistes
Les artistes du spectacle vivant réunis au Festival d’Avignon dénoncent les ravages de l’austérité et témoignent de leur inquiétude face à la montée de l’extrême droite qui les menace. Qui les écoute ?
« Est-ce un paysage de ruines que vous voulez laisser derrière vous ? » C’est la question qu’une centaine d’artistes, metteurs en scène et directeurs de théâtre ont adressée à Emmanuel Macron depuis le palais des papes, au Festival d’Avignon. Dans leur lettre, ils dénoncent les coupes budgétaires qui frappent le spectacle vivant et réclament leur annulation. Ils demandent aussi un engagement portant progressivement le budget de la culture à 1% du budget de l’État. L’alerte dépasse la défense d’un secteur professionnel. «Le service public de l’art et de la culture est un bien commun », rappellent les signataires, qui décrivent des spectacles déprogrammés, des équipes précarisées et des lieux contraints d’abandonner leurs missions. Après avoir sauvé le secteur pendant la pandémie avec «l’année blanche » pour les intermittents du spectacle, Emmanuel Macron est désormais accusé de laisser se déliter l’un des piliers de la République culturelle.
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Il faut écouter ce qui s’est dit à Avignon. Non parce que les artistes parleraient plus juste que les autres, mais parce qu’ils mettent des mots sur ce qui est en train d’arriver au pays. La culture est l’une des nombreuses victimes des politiques d’austérité avec une férocité toute particulière : parce qu’elle ne produit pas de résultats immédiats, parce qu’elle n’est pas considérée comme rentable, parce qu’il est plus facile de supprimer un petit festival que de fermer un équipement. Lorsque les subventions sont supprimées, ce ne sont pas seulement des spectacles qui sont annulés mais des lieux de rencontre qui ferment, des compagnies qui disparaissent, des artistes qui renoncent, des territoires qui se vident. La République perd alors une part de ce qui permet sa promesse : partager des récits, construire des imaginaires, vivre la magie du monde au présent.
Lorsque les subventions sont supprimées, la République perd alors une part de ce qui permet sa promesse : partager des récits, construire des imaginaires, vivre la magie du monde au présent.
Emmanuel Macron avait fait de la culture un emblème durant la pandémie. Aujourd’hui engagé par les régions, les départements et les communes, le mouvement de démantèlement est aussi porté par le gouvernement : il s’apprête à geler 10% des crédits… Et de facto appliquer les desiderata de l’extrême droite qui a fait de la destruction de cet espace de notre société l’un de ses objectifs principaux.
Le problème, c’est que les artistes peinent à convaincre et le reste de la société et les élus, même de gauche. Non que personne ne soit au courant des difficultés du secteur, ni n’en soit empathique. Mais parce que la culture publique et les enjeux artistiques qui lui sont liés ont, depuis quelques années, été complètement relégués au second plan. Le catalogue Netflix, n’est-ce pas plus efficace qu’un maillage territorial dense de théâtres publics à travers la France ? Cette idée s’ancre. En vérité, le covid a accéléré et décomplexé une dynamique déjà enclenchée : la culture publique est perçue comme coûteuse et non-essentielle. Et les élus macronistes et de droite s’y engouffrent. À gauche, rares sont ceux qui maintiennent une ambition politique sans même parler d’une pensée. Dès lors, le débat ne porte plus que sur l’argent, nerf de la guerre… mais on ne mène pas qu’une guerre. Car les arguments financiers ne suffisent pas, pas plus que le souvenir d’un âge d’or où le budget de la culture atteignait 1% du budget de l’État. Il faut défendre le sens commun de l’art et son essence irréductible.