Plaidoyer à gauche, avant désastre — par Roger Martelli

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Ainsi parlait Roger…

Je n’appartiens à aucune formation de la gauche française. Je veux être un communiste, indécrottablement, mais sans être « encarté » en quelque lieu partisan que ce soit. Chaque fois qu’une porte s’est entrouverte, vers une gauche bien à gauche et rassemblée, je m’y suis engagé, lucide sur ses limites mais déterminé. J’ai participé ainsi à l’aventure des collectifs antilibéraux, puis au Front de gauche. Je me suis réjoui des opportunités fragiles de la Nupes, puis du Nouveau Front populaire. Aujourd’hui, je suis inquiet avant tout.

Je ne suis pas pour autant désespéré. Je ne crois pas que la France, pas plus que l’Europe ou le monde, ait basculé à droite, tout d’un bloc. Mais ce qui donne le ton, dans le champ politique organisé, est dominé par la dynamique d’une droite profondément droitisée. Bien que le phénomène déborde nos frontières nationales, il ne relève d’aucune fatalité. Il n’est que le fruit d’un vide, celui qu’ont laissé les échecs de l’État-providence, du soviétisme et du tiers-mondisme d’hier. Ce vide commence à être rempli. Pas là où on l’espérait.

L’air du temps va vers la droite extrême, parce que la droite dite de gouvernement ne sait plus ce qu’elle est et parce que la gauche n’a pas trouvé les substituts des grandes espérances qui ont fait sa force. L’extrême droite a un projet, quand la droite s’accroche à ses souvenirs de la Cinquième République naissante et tandis que la gauche ne sait que régler ses comptes internes ou, au mieux, fait semblant d’être unie et n’en pense pas moins.

Du coup, à partir de 2017, la gauche est à son niveau le plus bas depuis au moins la Libération : un petit tiers à peine de celles et ceux qui votent. On fait de belles promesses, on imprime de beaux programmes, infiniment plus fournis que les maigres pages de 1936 ou que l’épais volume du programme commun de 1972. On assure qu’on ira vers des lendemains qui chantent. En réalité, l’enjeu est au mieux de savoir qui sera en tête d’une gauche ultra-minoritaire.

On nous rejoue l’air des gauches irréconciliables, des radicaux et des réalistes, de ceux qui ne lâcheront jamais et des pleutres en puissance. Et il est vrai que la gauche est diverse et même qu’elle peut être polarisée, entre ceux qui pensent que l’égalité pleine n’est pas possible dans un système qui la nie, tandis que d’autres plaident pour grignoter le plus de conquêtes possibles. Il y a sans doute deux pôles et il n’est jamais indifférent de savoir qui des deux donne le ton à la gauche tout entière. Mais, s’il y a deux pôles, ils ne sont pas séparés par une muraille de Chine.

De plus, il ne faut pas faire comme si l’on était encore au temps où, comme entre 1977 et 1981, les gauches pouvaient se jeter à la tête des noms d’oiseaux. La dispute, aujourd’hui, n’est pas entre une gauche plus ou moins à gauche et une droite toujours républicaine : elle est entre une gauche minorée et une droite radicalisée sur sa droite. Le risque n’est pas seulement une aggravation de l’existant, mais une rupture avec plus de deux siècles d’histoire démocratique. S’il y a de la « radicalité », elle profite au « toujours plus à droite ».

Si la gauche considère que l’essentiel est de savoir qui va récupérer la plus grande part du petit magot qui est le sien, elle accepte la possibilité qu’une partie de la gauche, par « réalisme », se porte dès le premier tour vers la droite jugée la mieux placée pour faire face au Rassemblement national. Raisonnement erroné, parce que cette droite « molle » risque fort de ne pas résister au dynamisme du vote d’extrême droite ? Sans doute. Mais c’est une probabilité que les sondages se mettent déjà à dessiner.

Redisons donc – une ultime fois ? – ce qui devrait couler d’évidence. Si la gauche veut enfin retrouver le second tour et redevenir majoritaire pour stopper l’élan mortifère du Rassemblement national, il faut qu’elle soit combative, bien à gauche, rassemblée et fermée à tout esprit d’exclusive. Pas l’un ou l’autre de ces traits, mais les quatre enfin réunis. Les quatre, sinon rien…

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22 commentaires

  1. Lemarchal le 10 juillet 2026 à 12:39

     » bien à gauche  »
    Pour l’instant l’union de la gauche bien à gauche c’est :
    NPA, POI, Verts Populaires, REV, PCR qui appellent à voter Mélenchon.
    Bonus : Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Écologiste à l’Assemblée et 12 autres parlementaires viennent de signer un texte qui pourrait ouvrir la voie d’un soutien des Écologistes à Jean-Luc Mélenchon.
    A suivre …

    • Davy le 10 juillet 2026 à 21:10

      Je ne réponds pas à lemarchal
      Il est insupportable de parler d’état Providence. C’est une appellation de droite reprise à gauche par le ventre mou de celle-ci. Le grand Robert Castel lui avait réglé son compte et revendiquait le terme d’état social.
      Quand on parle d’échec il faut développer…

  2. Marc le 10 juillet 2026 à 13:47

    Bonjour,
    Lucide, enfin jusqu’au milieu, camarade Roger. Parce qu’à la fin, c’est beau, à en pleurer d’illusion.
    Je vais compléter ici le commentaire que j’ai fait sur le texte de Catherine :
    Philosophiquement, ces élections ne sont, pour la gauche et la droite, qu’un miroir de l’âme humaine : les humains ne sont que des êtres humains, accrochés à leurs petits calculs égoïstes.
    Le Communisme, comme concept, ou toute autre société plus juste et plus humaine, est tellement haut comme élévation de l’âme, qu’il en est inatteignable pour l’humain.
    Un peu comme les voeux du Christ d’amour entre les hommes étaient à ce point inatteignables que les différentes religions qui en sont nées les ont largement dévoyé, tout comme l’esprit criminel de Staline a trahis pour les siècles des siècles l’esprit de grandeur de Marx et Lenine.
    Pour garder espoir, on peut juste espérer que l’actuelle époque n’est qu’un passage à vide de l’Histoire de l’Humanite et que, peut-être, un jour reviendront des esprits des Lumières, des philosophes qui sauront relever à nouveau l’âme des Humains, des penseurs tels que Jésus, Karl, Lenine, Rousseau et autres penseurs qui ont fait la Révolution française.
    Tout ceci, évidemment, avant que la chaleur n’ait grillé les cerveaux des Humains.

    • Denis le 10 juillet 2026 à 15:26

      Bravo Marc et merci pour cette brutale, mais ô combien incontournable analyse qui permet de relativiser la situation « catastrophique » de la société (pas seulement française) ces dernières décennies, mais qui nous autorise surtout à prendre de la hauteur d’esprit, indispensable à la disponibilité fondamentale requise pour accueillir un changement salutaire qui interviendra nécessairement par la force de la dynamique interne de l’histoire des civilisations.

  3. lemasseur le 10 juillet 2026 à 14:22

    Prendre en compte le réel lorsque l’on se pique de faire de la politique est un pré-requis, à moins que de considérer que les prêches ex-cathedra suffisent à la fois à dire et à modifier ce réel.
    Vous faites comme si depuis un an, le PS n’avait pas trahi tout ce qu’il pouvait trahir, à commencer par ses engagements, mais également ses alliés qu’il a consciencieusement roulé dans la farine, les abandonnant en rase campagne après les avoir entrainés dans sa croisade anti-LFI pour finalement faire les choses dans son coin et selon ce qu’il pense être ses propres intérêts, comme à son habitude.
    Vous faites comme si EELV et le PCF étaient deux grands partis de gauche à l’architecture idéologique solide, porteurs de projets enthousiasmants autant que structurés.
    Vous faites comme si tous les partis de gauche avaient été ensembles solidaires et solides pour dénoncer le génocide à Gaza, les droits de l’homme c’est pourtant « structurant » pour la gauche, non?
    Vous faites comme si toute la gauche avait été solidaire face aux accusations d’antisémitisme qui touchaient quiconque en appelait à la simple justice et au droit international.

    Bref vous faites comme si ces dernières années n’avaient pas eu lieu.
    Vous parlez de 1981, parfois de 1936, mais jamais de 2025 ou 2026. Ce qui est bien pratique pour fuir la réalité mais en terme d’efficacité politique et de clairvoyance c’est moyen.

    • bdpif le 12 juillet 2026 à 07:07

      La gauche a d ‘avance perdu les elections; La faute en est à Jean LUc Melenchon qui refuse toute alliance avec les autres partis de Gauche;
      C ‘est un pro Russe, pro chinois. On ne peut pas le classer à Gauche. C ‘est le meilleur ami de la droite. A chaque fois qu’il se présente, c’est la droite qui gagne.
      Affaire classée.

      • lemasseur le 13 juillet 2026 à 12:24

        Jean-Luc Mélenchon, 21,95%
        Yannick Jadot, 4,63%
        Fabien Roussel, 2,28%
        Anne Hidalgo, 1,75%,
        Philippe Poutou, 0,77%
        Nathalie Artaud, 0,56%.

        CQFD

  4. Françoise Chardin le 10 juillet 2026 à 14:50

    Bonjour à toute l’équipe de Regards,
    Avant tout merci pour le travail accompli par vents contraires. Quels que soient les désaccords, les agacements ponctuels, le site et toutes ses richesses sont précieux, et sauvent parfois d’un certain désespoir . Avec l’Huma, vous êtes mes compagnons quotidiens de lutte « conceptuelle » !
    Je réagis au billet de Roger Martelli, très brièvement. Je ne pense pas qu’on puisse avancer sur la base de l’union pour faire gagner la gauche sans qu’aient été vidés par le débat trois abcès, qui en ce qui me concerne, communiste sans carte depuis Roussel, me font désormais voter régulièrement LFI.
    1. Gaza : la dénonciation sans faille ni nuance de l’Etat criminel d’Israël. Bien fou qui fait plus le délicat devant les termes de la dénonciation que devant l’accomplissement du massacre. Peut-on être de gauche en fermant les yeux ou en tordant le nez ?
    2. L’utilisation par le gouvernement actuel de la police comme instrument de répression et de dissuasion de tout mouvement social et la peur comme mode de gouvernance, ainsi que l’interdiction de penser une question.
    3. Faire du refus de l’humiliation et de l’oppression le critère essentiel des luttes contre toutes les formes d’exploitation, sans jamais les dresser les unes contres les autres ni les hiérarchiser, mais en montrant leur logique commune.
    Il ne s’agit pas d’une frontière entre plus ou moins de radicalité, plus ou moins d’acceptation d’étapes. Ce sont pour moi les seuls fondamentaux actuels qui peuvent faire une identité et une campagne. Tout le reste en découle, notamment la lutte contre l’extrême droite. Je n’aime pas qu’on dise que Regards roule pour tel ou tel. Et je n’aime pas inversement que Regards verse ds les accusations de luttes d’écuries, de combats d’egos à l’égard de parti pris souvent honorables au total.
    Pour ne pas m’étendre en bavardages inutiles, je finis en formant le voeu que Regards crée des espaces, des lieux de rencontre « physiques » peut-être qui permettent d’aller, sans injure ni complaisance, au bout de ces débats-là, pour la présidentielle et au-delà ! Et encore un grand merci !

  5. Michel Davesnes le 10 juillet 2026 à 15:42

    Si j’ai bien compris la conclusion, Roger Martelli appelle à se rassembler derrière LFI, la seule formation de gauche en capacité d’envoyer un représentant au 2ème tour de la présidentielle. J’ai bon ?

  6. Lamarche Christian le 10 juillet 2026 à 16:41

    Le résultat de la consultation interne au Parti socialiste est clair : rejet de l alliance avec les Verts, Générations où Clémentin Autain. Alliance privilégiée à droite avec Cazeneuve, Glucksmann. L analyse concrète de la situation concrète impose de reconnaître que nous sommes face à un risque énorme d arrivée au pouvoir du fascisme. De la même manière, il faut savoir dire que Melenchon et les Insoumis sont la seule force capable de gagner le combat. Alors, arrêtons les candidatures de témoignage qui vont nous conduire à une défaite historique et travaillons à améliorer (il y a un peu de boulot c est vrai!) la seule vraie force dont nous disposons

  7. Dalayrac le 10 juillet 2026 à 17:35

    La gauche de gouvernement (comme aiment à dire les politologues de tous bords) s’est tirée une balle dans le pied en 2017 ! Sur la douille retrouvée au sol il y avait marqué « EM ». Ils ne s’en remettront jamais !

  8. batardy le 10 juillet 2026 à 18:48

    Bonjour,
    je suis d’accord avec le contenu de cet article.

    Bien entendu on peut ne pas croire aux élections.
    Mais si ce n’est pas le cas alors pour gagner il faut faire 50 % c’est à dire convaincre à la fois celui ou celle convaincu de la nécessité d’avoir un discours radical et celui ou celle que l’on jugera plus tiède sur les questions sociales , de redistribution (mais qui n’aura peut-être pas oublié LUI de manifester pour Gaza et pour l’Ukraine……….combien l’ont fait ?!).
    Et puis pour ceux et celles qui ne jurent que par JLM. En quoi le discours/programme est anticapitaliste ? En quoi les rapports de production seraient inversés si JLM était élu. Le pouvoir au mains des travailleurs mais chiche ? comment ? Nationalisation ? comités d’usine ?……)
    Et puis pour ceux et celles qui ne jurent que par JLM. Pourquoi la défense de Le Pen « face aux juges » lors de sa condamnation (avant l’épisode d’hier ) ? LFi aurait peur d’un jugement sur l’utilisation de ses propres assistants parlementaires…..c’est en cours. Qui est radical en la matière (seuls les propos de Ruffin ont été à la hauteur)
    La probité devrait pourtant être revendiquée par toute la gauche avec force.

    Quand on cherche l’absence de radicalité on peut toujours la trouver (mais attention on ne la trouve pas seulement là où on le pense).
    Amicalement,

    Christophe Batardy (vrai nom et prénom)

  9. Broca-75005 le 10 juillet 2026 à 23:18

    « Vous faites comme si … » c’est bien résumé ! Il ne fallait pas se laisser embringuer à accréditer les soupçons d’antisémitisme et l’histoire de « l’arc républicain ». La ficelle était grosse, mais vous ne l’avez pas vue. Pourtant la technique des blairistes du parti travailliste UK, sur l’antisémitisme de Jeremy Corbyn aurait du vous mettre la puce à l’oreille. Vous avez choisi de la jouer à l’ancienne avec le PS et maintenant … ?
    Mélenchon a retenu la leçon de Corbyn, s’excuser et se justifier n’apporte rien et amplifie encore plus le soupçon.
    Mélenchon dit clairement qu’il y a des places à prendre pour ceux qui veulent bien discuter d’une gauche de rupture
    Et les autres … ils-elles feront comme ils-elles peuvent. et Basta !
    Il y a deux projets à gauche :
    1 – La gauche de rupture
    2 – Social-démocratie libérale européenne et financière.
    Il va falloir se décider un jour à se mettre à table .
    Vous pouvez venir avec une longue cuiller en bois si vous ne voulez pas vous faire manger tout cru au dessert (2eme tour des législatives).

  10. Lionel Mutzenberg le 11 juillet 2026 à 12:12

    Pour éviter le désastre il faut nous adresser aux électrices et aux électeurs, pas aux patrons des boutiques repeintes en rose bonbon le temps d’une élection.
    Programme contre programme, et le danger RN sera écarté, nos concitoyens ne sont pas aussi stupides que certains tentent de les faire devenir, par cette machine médiatique, par exemple, qui fonctionne à coups de milliards d’euros pour nous faire regarder ailleurs.
    Le programme LFI n’est pas assez à gauche, le notre, en 1981, l’était, pour quels résultats ? Nos socialistes sont redevenus des sociaux démocrates le lendemain de leurs élections, pour le comprendre écoutons Arnaud Montebourg, ancien ministre du désastre politique de François Hollande et ses godillots; 1983, fin du socialisme à la sauce François Mitterrand, et ouverture au néolibéralisme que nous avons été incapables de combattre, et au désastre de l’individualisme qui a régné dans nos entreprises, privées, et publiques.
    La preuve par neuf, comme disait sa camarade Ségolène Royal, la gauche des beaux quartiers qui n’a besoin de rien.

  11. Daniel Le Scornet le 12 juillet 2026 à 11:39

    Comme si cette gauche politique, même rassemblée, pouvait gagner quoi que ce soit ! Malgré le sens autogestionnaire de 68 et la période où la jeunesse pesait de tout son poids (démographique, utopique) cinquante année de confusion entre le politique et l’étatique, le syndicalisme et le catégoriel, le social et l’assurance, le mutualisme et le gestionnaire, le judiciaire et la police, le municipalisme, le parlementarisme et l’élu roi, c’est-à-dire la dépossession, systématique, de la capacité des populations et des individus à y pouvoir quelque chose sur leur vie collective… De la part de la droite, certes, mais de la gauche de façon encore plus entêtée…
    Pour moi c’était inéluctable d’en arriver là. Politique, fin de règne !
    Il y a, désormais, tant de décisions vitales, de dernier recours à trancher ! Comment les décider sans la participation active de tous et de chaque intéressé ? Comment les collectifs et les personnes peuvent, pourront le faire ? (au moins remettre tout en chantier sur cette question, la seule qui devrait nous déterminer).

  12. Denis Franck le 12 juillet 2026 à 12:54

    « la gauche n’a pas trouvé les substituts des grandes espérances qui ont fait sa force ». Partons de là. Où est le nouveau récit de la gauche dans ce monde qui voit émerger un capitalisme de la rareté et de la prédation entre puissances, en remplacement du néolibéralisme de la « mondialisation heureuse », qui se satisfaisait d’un partage des richesses plus favorable au travail ? La gauche de l’ancien temps pouvait se montrer « combative, bien à gauche ». LFI (et ex-) et PCF sont restés sur cette ligne, dite « de rupture ». Dire cela, ce n’est pas donner raison au hollandisme, c’est tenter de faire un pas de coté. La dureté des temps oblige à proposer non pas la lutte intransigeante mais la protection de tous. Beaucoup de propositions des gauches s’inscrivent dans ce cadre, mais l’essentiel n’est pas le programme mais le projet. Quelque chose de plus fondamental comme socle parce que tout le monde sait que les programmes n’engagent que ceux qui les croient, que la vie politique, économique, sociale, ne se réifie pas dans un programme. Protéger, mais pas seulement les plus fragiles, ou considérer que tout le tissu social est fragile.
    Rassembler les gauches ne peut se faire que si les partis font ce pas de coté et sortent du carcan imposé par leur ancienne vision historique.
    Le nouveau récit de la gauche, qui dépasse de loin le « care » proposé par Hamon, protéger (les plus fragiles, les classes populaires, les petites classes moyennes, les territoires abandonnés, la France, l’Europe, la planète…), et réparer. Marteler ces maitre-mots, et montrer que seule la gauche peut le faire. Les militants purs et durs n’aimeront pas, mais ce n’est pas eux qui font l’élection.

  13. Said le 12 juillet 2026 à 15:28

    Je souscris à tout ce que dit Le masseur. Pourquoi ce refus de nommer Melenchon ? Si vous contestez qu’il est la meilleure chance de l emporter, la seule en fait, expliquez Pourquoi, de façon argumentée svp.
    Said

    • jimbo le 23 juillet 2026 à 14:26

      Ce sont ceux qui disent que JLM est un bon candidat qui doivent apporter des arguments.
      Je ne vois que des vœux pieux : « J’aime JLM donc c’est le seul qui peut gagner ».
      Désolé mais ça ne marche pas comme ça.
      Mélenchon est au coude à coude avec Zemmour pour ce qui est de l’impopularité auprès de l’électorat (oui l’électorat, c’est important dans une élection).
      Pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre qu’on ne gagne pas une élection en étant impopulaire auprès des électeurs.
      Il n’est pas seulement un mauvais candidat pour la gauche, c’est littéralement un des pires candidats imaginables.
      Il est impopulaire parce qu’il est détestable, comme Zemmour, et comme l’était Jean-Marie Le Pen avant eux.
      Il est détestable parce qu’il s’est délibérément rendu détestable, comme Zemmour, et comme JMLP avant eux.
      Si j’avais mauvais esprit je dirais que même « une table, une chaise, une chèvre se fait élire face à lui » 😉
      Je reformule pour être sûr d’être bien compris : JLM est détesté, massivement. A cause de ça, il ne peut pas être le seul candidat grâce à qui la gauche peut l’emporter. A cause de ça, il est l’un des pires candidats pour la gauche. C’est absolument certain qu’il va se ramasser vu sa cote de détestation. Pour les mêmes raison, JMLP n’avait aucune chance face à Chirac.
      Parmi les électeurs de gauche, la seule personnalité dite « de gauche » qui soit encore plus impopulaire que JLM est Cazeneuve. Si on considère que Cazeneuve n’est pas de gauche, c’est bel et bien JLM qui est en tête des personnalités de gauche mal aimées par les électeurs de gauche. Quel super candidat.
      Après faites comme vous voulez hein, si vous aimez pleurer allez-y.
      Moi j’aurai piscine, n’ayant pas oublié que cette nouvelle idole des jeunes, n’ayant pas du tout passé sa vie à s’engraisser en étant planqué au PS comme tout bon arriviste, est d’abord un homme issu de l’Officine des Camarades Intrigants, l’Obscur Cercle d’Initiés, l’Occulte Combine d’Intérêts et que la formation qu’il y a reçu se reflète assez bien dans la manière dont tout fonctionne autour de lui.
      Désigner Mélenchon candidat c’est perdre, je ne vois même pas ce qu’il y a à discuter là-dessus.
      Après tout, ce ne sera QUE sa 4ème défaite.
      Mais si vous avez d’autres arguments que « Je l’aime très fort donc il va gagner », n’hésitez pas à me convaincre.

  14. Daniel B le 12 juillet 2026 à 16:55

    La volonté d’union chez les électeurs de gauche est forte,mais sur quelle base peut elle se faire?
    la tentative du PCF dans les années 70 dans son programme « changer de cap « qui instaurait la possibilité d’une rupture avec le capitalisme ,programme repris et amoindri dans le programme commun de la gauche qui a vu la victoire de Mitterrand avec des avancées ,mais avec une dynamique avortée du fait du « réalisme »socialiste face au capital.
    Depuis des dizaines d’années la gauche dans son ensemble est sociale démocrate LFI inclus ce qui n’est pas une injure ,mais dans ce contexte la redistribution plus ou moins sincère de la valeur ajoutée entre le capital et le travail est vouée à moyen terme à l’échec face à,l’impitoyable machine à broyer du capitalisme mondialisé.
    La division de la gauche indépendamment de la guerre des chefs reflète le désarroi des différents partis à se positionner dans ce contexte.
    le réalisme voudrait que l’objectif pour un candidat soit non seulement d’être au second tour pour l’emporter mais d’avoir avec lui un puissant mouvement populaire ,ce qui concerne au premier chef LFI estimé dominant mais dont la stratégie clivante ne peux réussir à assurer ce mouvement même dans le cas d’un changement de pied en cours de marche beaucoup d’électeurs ne sont pas dupe de l’opportunisme de Jl Mélenchon .
    Quant au PCF il semble vouloir renouer avec une stratégie de rupture d’avec capitalisme;stratégie à long terme 15 à 20 ans dixit Fabien Roussel ; à quoi bon ?
    ;si les propositions à court terme sont sérieuses détacher du RN un pourcentage de fachés pas fachos supérieur au électeurs qui voteraient Mélenchon en cas de désistement du Pcf.
    Il est curieux de voir dans les différents commentaires la contradiction entre une estimation du Pc autour de 2,5% et la responsabilité qu’on lui donne échec de la primaire de la gauche,et responsable du non accès au second tour de JL Mélenchon;la palme revenant à Madame Tricot qui semble nostalgique des scores soviétiques lors des congrès du Pcf,et qui ne voit aucun programme à l’issue de ce congrès.
    Un grand service public de l’énergie et la socialisation de secteurs productifs en donnant une part décisive aux salariés dans les organes de direction ce n’est pas rien.
    Ou en sommes nous ? j’espère pas au point de sauver la république face au totalitarisme.

  15. Lionel Mutzenberg le 16 juillet 2026 à 11:04

    Rassembler la gauche, d’accord ! mais c’est quoi très exactement être de gauche ?

  16. Lafleur le 22 juillet 2026 à 15:42

    Cher Roger,

    J’ai lu ton article avec beaucoup d’intérêt. Je partage naturellement ton inquiétude devant la progression du RN et la nécessité de reconstruire une alternative populaire crédible. Mais il me semble que notre désaccord est moins tactique que méthodologique.

    Ton analyse me paraît faire de la conjoncture électorale la matrice de toute la stratégie politique. C’est précisément là que je vois un double réductionnisme.

    D’abord un réductionnisme sociologique. Les comportements électoraux apparaissent comme des données relativement stables auxquelles la gauche devrait adapter sa stratégie. Or, pour un communiste, ces comportements ne sont jamais des données premières. Ils sont eux-mêmes le produit d’un rapport social historiquement déterminé.

    Ensuite un réductionnisme politique. La lutte de classes tend à être ramenée à la compétition électorale, comme si le principal enjeu stratégique consistait à optimiser les équilibres entre organisations politiques. Et c’est toujours le choix de celui qui est en réalité le plus compatible avec l’oligarchie en place : comme Mélenchon, soutenu par Dassault etc., anti front Polisario pour plaire au roi du Maroc commandeur des croyants, refuser à Madagascar la souveraineté sur les îles éparses donc niveau colonialisme etc.

    Georges Politzer expliquait pourtant que la pensée métaphysique isole un phénomène et en fait la clé de compréhension de l’ensemble. La méthode dialectique procède exactement à l’inverse : elle replace chaque phénomène dans la totalité des contradictions qui le produisent .À mes yeux, c’est précisément ce que devrait être une lecture matérialiste de la situation actuelle. La progression du RN est incontestable. Mais elle est moins la cause de la crise politique française qu’une de ses conséquences.

    Ses racines plongent dans quarante années de désindustrialisation, de financiarisation, de précarisation du travail, de recul des services publics, d’affaiblissement de la souveraineté populaire et de fragmentation du salariat. Dès lors, la question stratégique ne peut être : comment adapter notre offre politique à l’état présent de l’opinion ?

    Elle devient : comment transformer les rapports sociaux qui produisent cet état de l’opinion ?

    C’est exactement le sens de « Que faire ? » de Lénine. En effet, pour lui, le parti révolutionnaire (communiste) n’est pas le miroir du niveau de conscience existant ; il est un facteur actif de son élévation. Antonio Gramsci développera cette intuition sous le concept d’hégémonie : une force politique devient dirigeante lorsqu’elle construit un nouveau bloc historique autour des intérêts du travail, non lorsqu’elle additionne des clientèles électorales. Le parti n’est pas le reflet de la société. Il est un instrument de sa transformation.

    C’est pourquoi je crois que le débat du 40ᵉ congrès du PCF dépasse très largement celui d’une candidature. Il porte sur la fonction historique d’un parti communiste en France.

    Doit-il organiser sa stratégie à partir des intentions de vote du moment ou doit-il partir des contradictions du capitalisme pour reconstruire une conscience de classe, une souveraineté populaire et une nouvelle hégémonie des classes laborieuses contemporaines ?

    Pour Marx ne s’agit pas seulement d’interpréter le monde, mais de le transformer. Et dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, il rappelle que les hommes font leur propre histoire, mais dans des conditions qu’ils n’ont pas choisies. Justement : une politique d’émancipation ne consiste pas à s’adapter à ces conditions, mais à travailler à leur dépassement.

    À mes yeux, c’est là que se situe le véritable enjeu du débat.

    Une stratégie révolutionnaire ne consiste pas à administrer le rapport de force existant ; elle consiste à créer les conditions historiques de sa transformation.

    Fraternellement,

  17. Lionel Mutzenberg le 27 juillet 2026 à 09:56

    Mais c’est beau ! c’est beau ! ce genre de discours.
    Bon, nous l’avons entendu pendant plusieurs décennies; de la vraie gauche à la fausse gauche, nous avions convaincu 22% de l’électorat, puis moins de 3% en 2022, en passant par l’élection d’un socialiste qui ne l’était pas, et encore moins de gauche, transformant l’idéal de gauche en fond de commerce.
    Les socialistes ont fini par se faire élire avec les voix du centre, des suffrages de droite, pour terminer leur mandats avec les macronistes.
    Ou la gauche sera présente au second tour de l’élection présidentielle de 2027, ou elle ne le sera pas. La multiplication des candidatures de « gauche » rassure nos droites, la finance néolibérale, et notre bourgeoisie.
    Le reste, c’est du baratin !
    Le PC se sert des élections présidentielles pour mesurer sa représentativité, l’intérêt général, les intérêts de la France et des Français, ils verront au second tour, près à faire barrage au RN en votant pour un candidat des droites, comme en 2022.
    La conscience de classe n’est plus ce qu’elle était !
    Et ils se demandent pourquoi ils ont perdu la confiance des classes populaires et moyennes .
    Et m…. !

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