Édouard Philippe ou l’alternative impossible

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En lançant sa campagne, l’ancien premier ministre a confirmé son ambition de rassembler toute la droite. Mais son discours recycle de vieilles recettes – et macronistes et conservatrices – sans répondre à la crise politique et sociale. De quoi laisser au RN le monopole de la rupture de droite.

Le meeting d’Édouard Philippe de ce dimanche constitue une bonne nouvelle pour le RN. Ce n’est pas que l’ancien premier ministre ait raté ce premier rassemblement : il y avait du monde pour scander son prénom et il a délivré un discours solide. Mais il n’est jamais apparu capable de proposer une rupture avec la situation actuelle. Et pour cause.


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Il y a d’abord son histoire politique qui lui colle à la chaussure. Conseiller puis porte-parole d’Alain Juppé, il lui emprunte ses identifiants. Son mentor parlait d’identité heureuse, de mondialisation heureuse, lui promet une campagne joyeuse. Il n’a eu de cesse de s’écarter de son ancienne promesse churchillienne, celle du sang et des larmes. Désormais il annonce de la sueur pour bâtir l’avenir, « le bonheur de nos enfants avant notre confort »

Dans cette histoire qui le marque et le dessert, il y a son dû à Emmanuel Macron – jamais cité. De son passage à Matignon, il se prévaut d’une connaissance de l’État. Il est revenu par petites touches sur son bilan de premier ministre. Il esquive la crise des gilets jaunes mais assume la brutalité de ses décisions lors du covid quand il coupa les vieux des Ehpad de leur famille. On s’en souvient douloureusement encore dans nombre de familles. Il prétend vouloir renouer avec la politique de l’offre qui, selon lui, aurait marché sous sa conduite mais interrompue par le covid et par son départ du gouvernement. 

Et bien sûr il y a son ancrage à droite. Celle-ci, c’est le moins que l’on puisse dire, est désormais fièrement assumée. Édouard Philippe fut parmi les fondateurs de l’UMP et rêve manifestement de reconstituer un grand parti unificateur de la droite. Toute son allocution, par ses références comme par ses propositions, est pétrie de la pensée commune à droite. Rien d’original n’est à retenir de ce premier meeting de positionnement. Il a repris l’inspiré slogan de Valérie Pécresse : « Remettre de l’ordre dans la rue et dans les comptes publics ». Son discours fut un balancement entre ces deux thématiques. Au titre de la politique d’ordre sécuritaire, on retiendra qu’il promet d’expulser les immigrés délinquants et de leur couper toute aide sociale. Il avance l’audacieuse idée que les maires soient dotés de pouvoir de sanction pénale. Au diable la justice juste… et bon courage aux maires ! Il entend faire appliquer ses priorités en remettant en cause l’indépendance du parquet.

Philippe a repris l’inspiré slogan de Valérie Pécresse : « Remettre de l’ordre dans la rue et dans les comptes publics ». Son discours fut un balancement entre ces deux thématiques. Au titre de la politique d’ordre sécuritaire, on retiendra qu’il promet d’expulser les immigrés délinquants et de leur couper toute aide sociale.

Le candidat Horizons annonce vouloir faire de l’école sa priorité absolue avec des idées tellement originales comme celles de revoir les rythmes scolaires, d’utiliser l’IA à l’école et de placer les directeurs d’école en patrons, responsables du recrutement des enseignants. Dans ce meeting de lancement, Édouard Philippe est resté évasif sur la retraite, fustigeant seulement l’actuel gouvernement pour avoir mis sur pause la réforme. Il annonce bien sûr un recul de l’âge de départ sans en dire davantage et en assurant que les efforts seront justement répartis. À commencer par mettre à contribution les retraités. 

À son tour de promettre que son mandat sera écologique ou ne sera pas. Mais Édouard Philippe est elliptique sur les réformes d’ampleur – excepté le développement du fret ferroviaire – et surtout il ne dit rien du financement des politiques de réduction des gaz à effet de serre et d’adaptation. Il concède qu’il faudra des milliards… et que ceux-ci sont à chercher là où il y a de l’argent : dans les dépenses sociales. Édouard Philippe reprend la doxa libérale développée aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence ou sur les plateaux télé : pas question de revoir la progressivité de l’impôt… au moment même où Sébastien Lecornu reconnaît « un sentiment d’injustice fiscale ». 

Dans ce meeting, Édouard Philippe a décoché des flèches contre ses concurrents mais sans se démarquer. Normal, il veut les représenter tous. Au total, la trame générale du propos était incroyablement conventionnelle, déclarations d’amour et de foi dans le génie de la France compris. Est-ce que cela sera perçu à la hauteur de l’inquiétude profonde des Français ? On peut en douter. Rien de vraiment marquant dans ce filet de banalités amères. « Business as usual » n’est pas un projet pour temps agité. Dans le genre bien à droite le RN sera plus performant.

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