Union de la gauche et des écologistes : l’heure est au sursaut des responsables politiques
Dans une tribune, le président des Jeunes socialistes Rémi Boussemart alerte sur le risque d’un nouvel échec du camp progressiste si ses responsables persistent dans les divisions, les ambitions personnelles et l’absence de débouché politique pour la jeunesse.
Nous vivons un temps suspendu, un entre-deux historique que certaines générations sont conduites à connaître lorsque la société est dans l’obligation de se réinventer. On a souvent tendance à présenter la jeunesse comme l’âge de tous les possibles. L’âge où les horizons s’élargissent, l’âge où l’on s’émancipe, l’âge des premiers choix. Pourtant, nous étouffons dans un monde qui nous refuse, au sein d’une société qui n’a plus de place ni d’intérêt pour nous.
Regardons l’époque en face : 69 % des 18-34 ans ont aujourd’hui la conviction que leur existence sera plus âpre que celle de leurs parents1. Et qui pourrait leur donner tort ? Entre l’angoisse du réchauffement climatique dont nous portons déjà la brûlure dans nos corps et le poids d’une dette publique qui hypothèque chaque parcelle de notre avenir, le constat est sans appel. L’espoir d’un changement politique positif s’efface progressivement sous le poids de la fatalité.
Le désir de rupture et l’espoir, pourtant, demeurent et s’expriment. En 2024, le Nouveau Front Populaire était placé en tête des suffrages par les jeunes, qui votaient à près de 50% pour ses candidats2. La gauche constitue le débouché politique naturel du désir de rupture traversant les jeunes. Née des combats contre l’exploitation, elle a toujours refusé l’état de fait pour imaginer de nouveaux horizons. Sa tâche, aujourd’hui, alors que le vieux monde agonise et que le nouveau tarde à naître — laissant le champ libre aux monstres ainsi que les nommaient Antonio Gramsci — est plus que déterminante : elle est existentielle.
Pourtant, à moins d’un an d’une élection présidentielle qui scellera notre destin, la gauche n’est pas à la hauteur de l’histoire.
D’un côté, Jean-Luc Mélenchon préfère, comme il l’a toujours fait, l’aventure individuelle et personnifiée, qui ne pourra conduire à réunir une majorité autour de ses outrances. Sa candidature fait peser un risque inédit : condamner la gauche à la défaite en l’enchaînant à un homme rejeté par les Français, incapable de rassembler son propre camp et, dès lors, impuissant à rassembler la France.
De l’autre, les tenants du social-libéralisme pensent leur heure (re)venue, guettant les orphelins du macronisme déclinant. Grisés par des mirages sondagiers, ils ne voient pas que les nouvelles générations se détournent massivement de leur logiciel dépassé. Car on ne prépare pas l’avenir en embaumant le passé.
Au sein du Parti socialiste, les querelles internes ont trop longtemps éclipsé l’impératif de la conquête du pouvoir. Chez certains, se déclarant à coups de « moi je » sur les plateaux de télévision ou de radio, les ambitions d’appareil ont remplacé l’ambition de changer la vie. C’est avec un sentiment d’accablement que la jeunesse socialiste subit ce spectacle affligeant, qui ne fait que nourrir le poison de l’impuissance et de la défiance. Pourtant, c’est bien au sein de ce parti que se trouve la solution, la clé pour faire gagner la gauche et les écologistes. C’est en son sein que se battent des femmes et des hommes déterminés, fidèles à l’idéal qui les avait poussés à s’engager. Il est donc grand temps de se réunir et de se ressaisir.
Car malgré ce terreau fertile à la résignation, la fatalité n’atteint pas notre génération. Si 7 jeunes sur 10 se déclarent méfiants envers les responsables politiques, ce n’est pas par désintérêt pour la cité. C’est au contraire par besoin viscéral de vérité. C’est par rejet radical de la politique spectacle et des promesses sans lendemain.
Nous sommes une majorité dans notre génération à rester convaincus que nous avons le pouvoir de changer la politique par nos actions ou notre engagement. Le monde associatif demeure un terrain d’action fort pour la cause écologique, ou encore la lutte contre les discriminations. Notre désir profond de mettre du sens dans nos études et notre vie professionnelle en témoigne également.
Déjouer la victoire annoncée de l’extrême-droite et porter la rupture pour que, enfin, les Français puissent vivre mieux : voilà le mandat historique de la gauche et des écologistes. Mais en continuant comme nous le faisons depuis quelques mois, nous allons dans le mur. Ce ne sont pas des accords d’appareil négociés à quelques-uns dans une salle sombre qui créeront l’élan populaire nécessaire à la victoire.
Nous avons besoin d’un processus démocratique et citoyen, grand, ouvert à l’ensemble des partisans du camp du progrès social, au sein du Parti socialiste et au-delà : une primaire. C’est la seule méthode pour faire émerger une candidature incontestable, capable de franchir le premier tour et de terrasser les forces de la réaction. Ce rassemblement doit se faire sur une ligne de rupture et un programme ambitieux de transformation sociale, fidèle au projet socialiste pour le 21ème siècle coordonné par Chloé Ridel.
Quatre-vingt-dix ans après le Front Populaire de 1936, nous exigeons que nos partis sachent surmonter les égos et les divisions pour réinventer l’espoir. Ce n’est qu’ainsi que nous surmonterons la défiance généralisée envers les responsables politiques. Il ne s’agit pas de balayer les partis politiques ; les dérives récentes ont assez prouvé le danger des structures gazeuses, hyper-verticales et captives d’un seul homme. Mais les partis de gauche doivent accepter de s’ouvrir à un élan plus large afin de poser les conditions du rassemblement. Refuser d’entendre l’appel de la jeunesse à la responsabilité signerait la défaite de celles et ceux qui prennent aujourd’hui les décisions pour les générations qui viennent.