Soleil de plomb, besoin de pognon

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La canicule révèle le retard considérable de notre pays face au dérèglement climatique. Les besoins se comptent en milliers de milliards : comment les financer ? Le débat ne peut être éludé.

Ce mercredi devrait être la journée la plus chaude de notre deuxième canicule de l’année. Météo France anticipe déjà que cet épisode pourrait se prolonger jusqu’à mi-juillet. Une sorte d’angoisse étreint les parents d’enfants en bas âge, les travailleurs en extérieur, les usagers et les agents des transports en commun, les personnes âgées, les malades dans les hôpitaux ou en traitement…  Même ceux qui bénéficient d’une climatisation chez eux ou sur leur lieu de travail savent que cette vie n’est pas possible, surtout si elle devient la norme.


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Après l’opposition caricaturale entre « pro » et « anti » clim, le débat prend un tour plus politique. L’inaction ou la défaillance de l’État est chaque jour dénoncée. Il est vrai que les conseils paternalistes appelant à faire attention, à se protéger et à boire sont sérieusement agaçants. D’autant qu’ils viennent de ceux qui sont au pouvoir depuis dix ans et qui, tout en sachant fort bien, n’ont quasiment rien fait. 

Les premières estimations tombent sur le coût de cet épisode. On rappelle les 15 000 morts de la canicule de 2003. On évalue son impact sur le système de santé : près de 10 milliards d’euros. On commence à approcher les effets économiques liés à la baisse de la production et aux pertes de productivité : autour de 1% du PIB, soit 30 milliards – à quelques milliards près. Des oreilles jusque-là sourdes aux alertes, se dressent enfin. L’adaptation devient une urgence ressentie par chacun et même par ceux qui vivent avec l’obsession étroite de la rentabilité.

Les calculettes chauffent. Dans la newsletter de vendredi, nous avancions le chiffre de 1000 milliards pour la rénovation thermique des 40 millions de logements. On peut doubler la somme si on veut estimer les besoins pour les équipements publics et ajouter quelques centaines de milliards pour adapter nos infrastructures et nos villes (essentiellement les désimperméabiliser et les planter massivement). Exemple pour se fixer un ordre d’idée : la France compte 15 000 km de voies de chemin de fer électrifiées (le réseau ferré fait 28 000 km). La mise à niveau pour 40°C (pas 50…) de chaque kilomètre de voie (caténaire, rail, ballast) coûte environ 1 million d’euros. Total : 15 milliards. Jean Castex, le nouveau patron de la SNCF, est un plaisantin quand il annonce fièrement que la SNCF passe à la vitesse supérieure et va remplacer 275 km de caténaire. A ce rythme, dans 60 ans, on y sera à peine. Sachant que l’entretien des voies a été délaissé depuis des années pour faire des économies, engendrant de nombreuses pannes.  

L’esquiver est une arnaque : l’adaptation au dérèglement climatique est un projet pharaonique par ses besoins en travail et en capitaux. Elle doit se programmer, se hiérarchiser et l’on doit dire comment la France mobilisera cet argent. Sachant qu’évidemment d’autres besoins vont se maintenir : services publics (école, justice, police, santé…), retraites, défense, IA… Tout projet présidentiel ne pourra contourner cet enjeu de l’argent.  

Les libéraux ont déjà leur angle d’attaque : la France est un pays appauvri, voire pauvre, qui n’a plus les moyens de ses ambitions ; notre système de protection sociale est trop coûteux et doit être revu, c’est-à-dire pour eux, démantelé. Pour preuve, la prolifération des propositions à base de retraite par capitalisation. Les arguments pour maintenir et moderniser le système redistributif français vont devoir monter en qualité : il va falloir le justifier au-delà du seul registre de la justice. Au fond, le débat porte sur l’endroit où se produit la richesse. On peut défendre avec force que des personnes formées, informées, cultivées, en bonne santé et assurées de leur avenir sont les ressorts les plus puissants dont nous disposons pour développer notre pays. 

On peut dès lors arguer que notre avenir passe par notre système social et par les investissements nécessaires. Plusieurs milliers de milliards. OK, avec quel argent ? La mobilisation de l’épargne des Français : 2000 milliards. Investis dans des assurances-vie, elle alimente essentiellement les circuits financiers et les fonds de pension. On doit penser des mécanismes de bonification pour flécher autrement cette épargne. La mobilisation de l’ensemble de la société et des épargnants est possible : la campagne présidentielle doit en être l’occasion. 

L’emprunt ensuite : le métro parisien a été construit par un emprunt sur 75 ans dont nous sommes sortis dans les années 70. On vient de réemprunter sur 70 ans pour financer le doublement en cours du métro parisien. 70 ans, voilà une échelle de temps correcte pour ce travail structurel qui nous attend. La mobilisation de l’argent des banques, enfin. Parmi celles-ci, la BCE avec, à sa tête, Christine Lagarde qui va quitter prochainement ses fonctions. Elle vient d’expliquer qu’elle considérait que la transition écologique devait faire partie des missions de la banque centrale européenne. Elle s’est vu opposer le veto de l’Allemagne qui a une vision étroite de la fonction de la BCE, celle de la stabilité monétaire. Elle déplore l’absence d’appui de la France. Elle doit être entendue et la BCE doit changer. 

Dernier point : tout ce travail doit être hiérarchisé, planifié. Dans l’année qui vient, il faut avancer. Les plantations dans les cours d’école doivent intervenir en octobre ; sinon, ça sera pour l’année suivante : rythme de la nature oblige. La création de préau rafraîchi dans chaque école peut être mise en œuvre avant l’été prochain. La priorité absolue et immédiate doit être de pouvoir occulter les façades vitrées au sud et à l’ouest : volets et stores extérieurs, please. La mise en place de pompes à chaleur (PAC) réversibles doit être privilégiée. 

Le débat doit être sérieux. Il faut parler argent et anticiper le temps. Sinon, désormais on sait dans notre chair ce qui nous attend.

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