TRIBUNE. Le rétablissement de l’État de droit en Hongrie passe par la fin de la chasse à l’homme contre les antifascistes

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Alors que la justice française doit se prononcer sur leur extradition vers la Hongrie et l’Allemagne, les députés Thomas Portes, Elsa Faucillon, Sandrine Rousseau et Pouria Amirshahi appellent à mettre fin aux poursuites engagées contre deux militants antifascistes du « groupe de Budapest ».

Dans les prochaines semaines, la cour d’appel de Paris choisira ou non de livrer deux militants antifascistes à l’ Allemagne et à la Hongrie : Gino, dont le procès se tiendra ce mercredi 17 juin et Zaid, qui sera fixé sur son sort le 8 juillet prochain.

Gino et Zaid font tous deux partie d’un groupe de dix-huit militants antifascistes qui ont participé à une contre-manifestation à Budapest en février 2023, pour protester contre le défilé annuel du Jour de l’Honneur qui accueille chaque année des nostalgiques du IIIe Reich venus par milliers de toute l’Europe. Viktor Orbàn les a pourchassés 3 ans durant, demandant des extraditions depuis l’ Allemagne, l’Italie et la France en disant traquer “la violence d’extrême gauche”.

Après qu’Ilaria Salis ait été emprisonnée puis libérée du fait de son élection en tant qu’eurodéputée, que Gabriele Marchesi ait échappé à l’extradition depuis l’Italie, que Maja T ait été livrée par l’ Allemagne avant que son extradition ne soit jugée illégale par la Cour Constitutionnelle et que la France ait refusé de livrer Gino aux autorités hongroises du fait du risque de procès inéquitable et de traitements inhumains, les deux procès à venir à Paris posent la question du sort des antifascistes et des opposants politiques dans la Hongrie du nouveau Premier Ministre Péter Magyar.

Lors de son discours de victoire en avril dernier, le patron du parti Respect et Liberté (Tisza) a promis “un changement de régime”. Péter Magyar s’est engagé à remettre “les droits humains au cœur de toutes les politiques gouvernementales”, dénonçant notamment “les abus de pouvoir” et les “menaces” contre certains groupes. Les antifascistes sont au premier plan de ces groupes menacés par le régime Orbàn, classés comme “terroristes” depuis l’année dernière et réduits au silence par des années d’intimidations verbales et de harcèlement judiciaire.

Nous appelons solennellement le nouveau gouvernement hongrois à abandonner toutes les poursuites engagées à l’encontre de chacun des membres du groupe antifasciste de Budapest. Après 16 ans de régime illibéral, par lequel toutes les institutions, des médias à la justice, ont été infiltrées et instrumentalisées comme moyens de vengeance et de propagande, les défaillances sont systémiques. Les 18 militants antifascistes ne peuvent attendre une éventuelle transition démocratique en Hongrie, qui durerait des années, pour obtenir le respect de leurs droits.

Maja est toujours derrière les barreaux à Budapest, condamné.e à 8 ans de prison loin des siens. Ilaria Salis a échappé de justesse à la levée de son immunité parlementaire au Parlement européen il y a quelques mois. Plusieurs militants sont incarcérés en Allemagne. Gino et Zaid sont encore poursuivis en France. Les mandats d’arrêt européens émis par Orbàn sont valides pendant 10 à 15 ans.

Orbàn a fait de la traque aux antifascistes un symbole de son dernier mandat. Le rétablissement de l’État de droit en Hongrie passe par la fin de la chasse à l’homme contre les antifascistes. Le retour à la démocratie promis s’accompagne de la fin de la représentation del’antifascisme comme un ennemi de la République et de l’arrêt des amalgames entre contestation politique et terrorisme.

Nous exhortons les gouvernements français, italien et allemand et leur diplomatie à peser de tout leur poids afin que ce harcèlement judiciaire cesse et que les militants antifascistes du groupe de Budapest puissent reprendre le cours de leur vie.
Nous demandons à la France de protéger les antifascistes en refusant l’extradition de Gino et de Zaid.

Signatures :
Thomas Portes, député de Seine-Saint-Denis, La France Insoumise
Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine, Gauche Démocrate et Républicaine
Sandrine Rousseau, députée de Paris, groupe Écologiste et Social
Pouria Amirshahi, député de Paris, groupe Écologiste et Social

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