Après la mort de Lyhanna, les débats font monter des propositions délétères, contraires à l’humanisme et à l’État de droit. La gauche doit se ressaisir et se faire entendre.
L’émotion autour du viol et de l’assassinat de Lyhanna prend une forme chaque jour plus politique. Le gouvernement se défend et aggrave la défiance en proposant des mesures que chacun sait inatteignables : 70 000 dossiers à réexaminer d’ici le 14 juillet. N’importe quoi ! À trop promettre, on aggrave la crise.
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On peut penser qu’une actualité chassera l’autre. Le temps serait désormais celui du foot. Illusion. 150 associations féministes structurent le mouvement et appellent à des rassemblements tous les lundis. Qu’entend-on dans cette vague de colère ? Des demandes de moyens et davantage de fermeté. Cela fait des années que les débats concernant la justice cristallisent les visions du monde. Une de droite et d’extrême droite qui réclament toujours plus de répression et d’enfermement ; une de gauche qui croit en la possibilité de changer. Robert Badinter le disait ainsi : « L’abolition de la peine de mort est un pari sur la nature humaine. »
Les reproches adressés à la justice entremêlent ces visions : justice à deux vitesses, justice expéditive, justice laxiste, prison criminogène. On entend le ras-le-bol des crimes sexuels dont sont victimes femmes et enfants et qui restent si largement impunis. Dans ce moment, des fondamentaux du droit et d’une justice humaine et juste sont malmenés. Sur fond d’absence d’argumentations de la tradition de gauche, tout déboule dans les conversations, sur les réseaux, à la télé, au bistrot et au boulot. Le grand moment de l’abolition de la peine de mort, celui de la critique du système carcéral, s’enfonce dans le temps…
Ainsi, le principe d’innocence jusqu’à ce que la preuve de culpabilité soit faite est malmené par le slogan « On te croit ». La conviction que les hommes et les femmes peuvent changer, s’amender, s’oppose à l’imprescriptibilité et à la perpétuité. Le fondement d’une justice rendue par l’État au nom du peuple contredit la légitimité de la vengeance et d’une justice individuelle. Le socle de la valeur supérieure de la vie et de son égalité absolue s’oppose à la peine de mort. Tous ces fondamentaux ont été trop peu refondés, argumentés, débattus. Ils sont gravement menacés dans cette période de confusion.
Imprescriptibilité, perpétuité, castration chimique, peine de mort. On entend le ras-le-bol des crimes sexuels dont sont victimes femmes et enfants et qui restent si largement impunis. Dans ce moment, des fondamentaux du droit et d’une justice humaine et juste sont malmenés. Sur fond d’absence d’argumentations de la tradition de gauche…
Le mouvement qui s’est levé avec #MeToo fut porté par une demande de libération de la parole. Il s’est traduit dans le slogan « On te croit » pour donner courage aux victimes et les assurer que des femmes, des hommes les entendront. Il reste que ce slogan inventé dans l’action est perfectible. Il a déstabilisé un principe essentiel : celui d’une justice qui doit faire la preuve de l’accusation. Peut-être est-il temps de lui préférer une formule qui conserve l’exigence d’écoute sans renoncer à celle de la preuve : « On t’écoute ».
Dans une proposition de loi-cadre transpartisane déposée à l’Assemblée, les crimes sexuels contre les enfants deviendraient imprescriptibles. À ce jour, seuls les crimes de guerre et contre l’humanité le sont. Il est vrai que les souvenirs peuvent se révéler très longtemps après les faits, parfois au-delà de 30 ans, actuel délai pour les crimes sur mineurs et 20 ans pour les adultes. La demande d’une reconnaissance par un acte de justice solennel de ces crimes prescrits doit être entendue. Il doit respecter la possibilité pour le criminel d’alors d’avoir refait une vie sans crime. Il faut inventer ce moment qui accède à cette demande de reconnaissance de la victime et qui fait droit à chacun d’avoir changé.
Dans cette demande de prise en compte de la gravité des faits et devant le doute sur la possibilité d’évoluer, on entend demander des castrations chimiques. C’est croire que la pulsion se loge dans l’érection et la sexualité dans la pénétration. C’est un problème en soi que de le penser ainsi. Il faut absolument déconstruire cette représentation qui produit depuis des millénaires tant de conséquences pour toutes d’abord. Et pour tous aussi. La sexualité, c’est d’abord un rêve. Rappelons que désormais, les viols ne sont pas liés aux seules pénétrations d’une verge. La castration chimique serait vaine.
Enfin, bien qu’aucun parti ou dirigeant politique – en dehors d’Éric Zemmour – ne le réclame, bien que cela fasse partie du socle européen, le rétablissement de la peine de mort pour les crimes sur enfants revient dans les débats. Ce retour signe un recul considérable des valeurs humanistes qui doivent être au fondement des sociétés modernes. Personne ne peut être réduit à son pire acte. La sacralité de la vie est mise à mal chaque jour en mondovision et en 4K avec des crimes de guerre admis et impunis. Accepter, légitimer, inscrire dans notre droit ce recul civilisationnel, cette perte de foi dans le genre humain conduirait à l’abîme.
La perpétuité assortie de peine incompressible est une fuite en avant. Une forme de mise à mort sociale, une façon de sortir de l’humanité ceux que l’on considère comme des monstres. Ce regard qui déshumanise est une menace qui se répand et qui a pour nom fascisme. La promesse de perpétuité empêche toute réhabilitation et tout avenir.
Tous ces débats sont essentiels. Ils doivent être conduits, argumentés auprès de nos enfants, de nos collègues, de nos amis. C’est au moins aussi important que tous les débats sur la répartition des richesses. Une proposition de gauche ne peut contourner toutes ces exigences éthiques fondamentales, qui fassent place aux victimes sans abandonner notre humanité partagée et notre État de droit.
Tout à fait d’accord avec vous, mais je m’étonne (en fait non) de ce que ces obscènes personnages faisant leur propagande sur le cadavre de cet enfant ne parlent que de punition, castration, emprisonnement pour traiter ces affaires.
Mais jamais ils n’évoquent ce qu’il faudrait faire pour que les criminels ne passent à l’acte.
En fait, ces camelots répugnants n’ont strictement rien à faire des enfants, des viols, ils attendent juste qu’ils soient massacrés pour sortir le gros gourdin qui passe bien au JT. Ces drames sont le miel dont ils se nourrissent goulument et il ne leur vient même pas à l’idée que peut-être, le plus important, le plus fondamental n’est pas de punir durement, mais de faire en sorte que le crime n’ait pas lieu.
La prévention? C’est pour les gauchiasses et les juges rouges.
Le drame ne vous suffit pas pour questionner votre conscience. Vous voulez plutôt le politiser. Une facilité à laquelle vous ne savez pas résister. Et d’entonner les références au fascisme, à l’extrême droite. La catastrophe judiciaire que représente l’affaire Lyhanna n’est pas une question de droite ou de gauche, d’extrême droite ou d’extrême gauche. C’est toute la France qui doit se ressaisir et se faire entendre.
C’est une question et de moyen et de choix politiques, ou alors il faut considérer que gouverner un pays se fait au fil de l’eau et sans tenir compte des réalités.
Cette enfant est morte à cause de choix budgétaires, de choix politiques: Regardez les écarts en terme nombre de magistrats pour 100 000 habitants en Europe. Allemagne 25 juges, France 11. Plus de deux fois moins! A moins de considérer que nos voisins allemands aiment à gaspiller l’argent public à payer des juges à ne rien faire, le constat est accablant pour la France.
C’est le résultats de politiques menées depuis plus de trente ans, consistant à sabrer dans les services publics pour abonder une politique de l’offre qui ne profite qu’à une infime partie de la population tandis que le reste en souffre, en meurt parfois.
D’ailleurs en parlant de morts évitables, savez-vous qu’ en Allemagne le taux de décès au travail est de 0.71 pour 100 00, en France il est de 1,63, près du double? C’est la faute à pas de chance ou bien le résultat de décisions bien concrètes, et politiques? Ces politiques tuent au sens propre. Lorsque l’on meurt dans un couloir d’hôpital faute de personnel en nombre, on meurt de choix politiques.
De choix politiques de droite, ne vous en déplaise.
« On te croit » ne s’oppose pas à la preuve de culpabilité. Il arrive que des juges n’aient pas assez d’éléments à charge contre l’accusé et soient obligés de prononcer un non lieu, mais tout en croyant les victimes (et le leur disent, après le jugement j’imagine), ce qui permet à ces dernières de se sentir reconnues. Des magistrats en parlent beaucoup très bien dans la commission d’enquête parlementaire sur l’inceste parental, qui hélas est passée assez inaperçue médiatiquement.
Le concept de la présomption d’innocence y est aussi expliqué, par le juge Durand d’ailleurs; la présomption d’innocence est souvent mal comprise, c’est tout simplement une procédure qui assure à l’accusé de bénéficier d’encore tous ses droits tant qu’il n’est pas reconnu coupable. Et personne ne veut la remettre en question, les victimes veulent tout simplement être écoutées, prises au sérieux et protégées.
Trop de délinquance, il faut plus de sanctions.
Trop d’actes de violences contre les enfants et les femmes, il faut plus de sanctions.
De nouvelles lois, plus de sévérité, ça fait plus de trente ans que l’on entend cela, pour quels résultats ?
Et si l’on s’attaquaient aux causes ?
La délinquance nait de quelles situations ? La violence contre les enfants et les femmes, nait de quels manquements de notre éducation, de quels manquements de notre société ?
Sanctionner les criminels, oui bien évidemment, mais soigner le mal à la racine serait bien plus efficace que toutes les sanctions déjà prévues dans notre code pénal, qui produit plus de 70% d’affaires classées sans suite.
Nos éminents juristes pourraient ils nous expliquer ?
Des lois, des procédures, trop compliquées, peut être ?