Périscolaire : les faillites d’un système

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Longtemps reléguée au silence, la pédocriminalité exige des politiques de prévention et de soin à la hauteur. Dans un périscolaire précarisé et sous-encadré, les pouvoirs publics ont laissé se multiplier les failles qui exposent les enfants.

La révélation de violences dans le périscolaire a pris une telle ampleur que cela devient une question politique. A ce jour, 110 écoles parisiennes sont concernées par des plaintes pour des faits d’agressions sexuelles, de viols, de violences ou de graves négligences. Devant une telle faillite, l’émotion ne peut être que vive.

En premier lieu, ce qui nous stupéfie c’est la découverte d’agressions sexuelles et de viols dans les primaires et les maternelles, voire dans les crèches. Des pédocriminels agissent au sein des écoles. Ces révélations interviennent alors même que la société française découvre l’ampleur du mal et commence à en prendre la mesure : entre 10 et 20% des enfants auraient été victimes d’agressions sexuelles ou de viols, le plus souvent dans leur famille. La pédocriminalité sort du non-dit. Comment la traiter ? A l’école, dans le périscolaire, vérifier qui est embauché est le minimum légal mais cela n’est pas toujours appliqué. Cette précaution élémentaire ne suffira pas. L’Allemagne a fait de la lutte contre la pédocriminalité une grande question publique. Un numéro vert est ouvert aux hommes (car ce sont des hommes à plus de 95%) pour trouver de l’aide quand leur pulsion les assaille. Ils ne sont plus seuls, ils peuvent être pris en charge. En levant le tabou, l’Allemagne se donne les moyens d’identifier et de traiter ces malades. En France, ce numéro existe (0 806 23 10 63) mais il manque de simplicité, reste confidentiel et la politique de soins sous-dotée. L’approche sécuritaire qui ne cesse de s’imposer renvoie les pédocriminels au silence et au secret. Face à l’ampleur du problème, persister dans cette voie ne peut que conduire à l’échec. 

Ces crimes sexuels au sein d’une institution de la République commis contre des enfants sont des plus graves ; l’ampleur des mises en cause est accablante. La ville de Paris est au cœur de la tourmente. D’abord par son inexplicable et inexcusable manque de réactions, voire par son esquive. Emmanuel Grégoire semble enfin le comprendre. La route est encore longue : promettre qu’injecter 20 millions permettra de faire face n’est vraiment pas à la hauteur du problème systémique. Se donnera-t-il les moyens matériels et politiques de revisiter les choix faits par Bertrand Delanoë qui, visiblement, ne prit pas la mesure de sa décision d’appliquer dès la rentrée 2013 le décret Peillon de janvier 2013 modifiant les rythmes scolaires ? En quelques mois, il fallut recruter 1500 animateurs. Paris s’est voulue leader de cette politique ; elle le prend en boomerang aujourd’hui. Mais la question dépasse Paris. C’est partout que la fréquentation périscolaire explose. Ce sujet est national : on est passé de 800 000 écoliers fréquentant le périscolaire en 2012 à plus de 2,6 millions en 2014 quand la réforme s’imposa sur tout le territoire.

Peu de monde à l’époque contesta le choix de raccourcir les journées de classe, d’élargir le temps périscolaire, de travailler 5 jours au lieu de 4. Mais il apparaît clairement que les conséquences d’une telle évolution n’ont pas été anticipées ou écoutées au plus haut niveau de l’Etat. De nombreuses municipalités ont pourtant fait valoir leurs difficultés financières et de recrutement. Elles ont dit aussi le risque d’un accroissement des inégalités. Ce sont elles qui, en effet, ont la charge de ce temps dans l’école mais en dehors de la classe : matin, midi, soir, mercredi et vacances. La ville de Paris, riche et arrogante, a cru pouvoir faire et ne pas écouter les syndicats qui la mettaient en garde. Elle a promis monts et merveilles aux parents. 

On peut interroger cette promesse : les monts et merveilles consistent-ils à ajouter toujours plus d’activités encadrées aux enfants ?  Laisser les enfants respirer, leur permettre d’inventer des jeux avec les autres est peut-être une idée simple mais pas si mal.  En tout état de cause, les activités encadrées doivent être conduites par des personnes qualifiées. La plupart des animateurs n’ont aucune formation, pas même le Bafa. On ajoutera que des emplois payés 800 euros par mois en moyenne, 11 euros de l’heure, avec des amplitudes horaires de 7h30 à 18h30 et des trous dans la journée n’attirent que des personnes en grande nécessité. Sûrement peu de vocations. Ces animateurs se dépatouillent et font comme ils peuvent, souvent sans référents et sans cadres.

L’actuelle crise doit conduire à de solides évolutions à commencer par l’actuel cloisonnement entre éducation dévolue à l’État et animation dévolue aux villes. Cette organisation absurde produit de très nombreux dysfonctionnements. L’administration tarde trop à en prendre la mesure. La journée des enfants, leurs besoins, doivent être pensés dans leur globalité et non coupés  en tranches. Un service public unifié correspondrait à l’unité de la personne-enfant et il offrirait aux parents un interlocuteur unique, responsable. Une telle politique passe sans conteste par davantage d’adultes encadrants, formés, payés. Ridicule de prétendre le faire à coût constant et en deux temps, trois mouvements. L’essentiel de la maltraitance et de la négligence vient de cette situation enkystée mais intenable pour les enfants et pour les adultes dans l’école. 

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