Progressistes de tous les pays, (ré)unissez-vous ?
Ce week-end à Barcelone, c’est tout le gratin social-démocrate mondial qui se réunissait pour organiser la « défense de la démocratie ». Le message est clair : face à l’extrême droite, ils seront là pour faire front.
Deux grands rassemblements se sont tenus à Barcelone ce week-end. D’une part, la quatrième « Réunion en défense de la démocratie ». Créée en 2024 comme rendez-vous entre Pedro Sánchez et les chefs d’État de la gauche latino-américaine, elle s’est élargie au reste du monde avec la participation d’une quinzaine de dirigeants de tous les continents.
D’autre part, la « Global Progressive Mobilisation » a tenu sa première réunion, organisée à l’initiative du Parti socialiste européen, de l’Internationale socialiste et de l’Alliance progressiste. À quoi il faut ajouter un sommet bilatéral entre l’Espagne et le Brésil, et l’appel commun des gouvernements du Brésil, du Mexique et de l’Espagne s’élevant contre l’attaque américaine de Cuba.
De quoi confirmer la montée en initiatives et en puissance de Pedro Sánchez comme chef de file de la résistance. Et de la construction d’une alternative à la vague réactionnaire et d’extrême droite qui entraîne le monde dans les guerres, l’autoritarisme, la domination des oligarques, les dégradations sociales, écologiques et culturelles. Mais qui connaît aussi de premiers revers.
Plus de 5000 personnes ont participé à la réunion de la Global Progressive Mobilisation – dont les Français Olivier Faure, Aurore Lalucq et la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon – et une centaine d’autres intervenants à de multiples tables rondes. Et notamment, lors de la séance plénière terminale : Lula, Pedro Sánchez, le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa, l’ancien premier ministre de Palestine Mohammad Shtayyeh, le vice-président du Botswana Ndaba Gaolathe, la première ministre de la Barbade Mia Mottley, les américains Chris Murphy, Tim Walz, Hillary Clinton, Bernie Sanders, Zohran Mamdani, la présidente du Parti démocrate italien, le vice-premier ministre Allemand SPD du gouvernement Merz, celui de l’Autriche, la présidente du groupe Socialistes et Démocrates au Parlement européen, la vice-présidente espagnole de la Commission européenne, la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, les économistes Mariana Mazzucato et Gabriel Zucman…
Des paroles fortes ont été prononcées sur l’internationalisme qui doit revivre, sur les inégalités qui minent la démocratie, sur la fierté qui doit renaître dans le camp progressiste et la honte qui doit changer de camp. Des ambitions de paix, de multilatéralisme rénové, de mieux vivre, d’égalité, de justice ont été réaffirmées. Ainsi que des objectifs prioritaires de réformes : l’ONU, les institutions financières internationales, la taxation des milliardaires…
Les syndicalistes présents à Barcelone ont tenu leur réunion propre et adopté une déclaration spécifique : « Les travailleurs ont besoin d’un projet porteur d’espoir. Cela signifie des améliorations concrètes dont les gens puissent bénéficier dès maintenant : pouvoir s’offrir un logement, gagner un salaire décent et bénéficier d’une sécurité de l’emploi. Cela signifie également construire un avenir auquel les gens puissent croire. Lorsque les travailleurs ont véritablement leur mot à dire sur leur lieu de travail et bénéficient d’une part équitable de la prospérité, la confiance dans la démocratie s’en trouve renforcée. C’est ainsi que nous luttons contre les divisions et que nous contrerons la montée de l’extrême droite. »
L’économiste Mariana Mazuccato et le ministre espagnol de l’économie Carlos Cuerto ont annoncé la création d’un Conseil mondial pour une économie du bien commun. Il s’agira de pousser la critique des dogmes économiques qui n’ont pas su offrir à la majorité des citoyens des perspectives d’avenir, la sécurité et la dignité – et de mieux définir des principes économiques renouvelés ayant des implications concrètes pour la conception des politiques, les pratiques institutionnelles et la réforme multilatérale.
Alors nouveau départ ? Journée historique ? Signal que la social-démocratie sort de tant d’années d’inertie et de déclin ? Et qu’elle va contribuer à des débats, des actions et à une large union à travers le monde pour faire bifurquer le cours de l’histoire ?
Il est évidemment beaucoup trop tôt pour le dire. Il ne suffira pas de belles paroles. Surtout si elles ne génèrent pas de véritables remises en cause, comme on a pu aussi ne pas les entendre à Barcelone. Les actions préconisées, leur cohérence, leur capacité à construire une nouvelle politique seront décisives.
Durant son intervention, Lula a justement alerté sur la responsabilité de ceux qui ont succombé à l’orthodoxie et à la pensée économique dominante et des gouvernements de gauche qui ont pratiqué l’austérité. « On est devenu le système », a déclaré le président brésilien. La rupture est-elle vraiment consommée ?