Municipales : la gauche à l’épreuve
De Marseille à Lyon, de Paris au Havre, les municipales s’annoncent comme un moment de recomposition profonde. Alors que l’extrême droite menace, la désunion à gauche serait une faute politique. Avis à tous les antifascistes.
Toutes les listes ont été déposées hier dans les préfectures et dans deux semaines, ce sera le premier tour des municipales. Le rythme des débats, réunions de préau et tractages s’intensifient. Au bout de cette élection, plusieurs villes pourraient basculer : de droite vers la gauche comme à Nîmes, Le Havre, Roubaix, Aubervilliers. De gauche et écologie vers la droite comme à Lyon, Annecy. De gauche vers l’extrême droite comme à Marseille ou vers la droite sans limite comme à Paris. Après les précédentes municipales qui, Covid oblige, avaient été marquées par la reconduction des sortants, le nombre de villes qui pourraient cette fois changer de bord est élevé. Ces nombreuses « swing city » racontent les recompositions politiques au cœur des électorats.
Dans toutes ces villes, la vie quotidienne et l’atmosphère générale pourraient être lourdement modifiées. Pour tous ces habitants, le résultat déterminera les politiques au quotidien pour les enfants, les plus précaires, les plus âgés. Cela va rendre l’air plus ou moins respirable pour les immigrés et tous ceux qui en descendent. Cela va préparer (ou non) la ville contre le réchauffement climatique. Cela va définir les politiques culturelles et sportives. Et cela donnera plus ou moins de force aux différents partis politiques qui vont se présenter aux prochaines élections présidentielles.
Dans ces conditions, on ne peut s’expliquer que la gauche et les écologistes ne soient pas unis au second tour. Ce sera en principe le cas. Cette tradition du rassemblement à gauche prend une importance renouvelée en particulier à Marseille et Paris. Puisque la menace se précise et que tout le monde se veut antifasciste, comment tolérer que la désunion puisse faire basculer des villes à l’extrême droite ou à la droite extrême ? Un sondage (un de plus) confirme que 52% des électeurs du NFP veulent cette union au second tour ; 1/3 ne la souhaitent pas. 7% ne veulent aucun accord. Les idées de division, théorisée par François Hollande, progressent. Elles sont dangereuses mais ne sont pas majoritaires à gauche. Les électeurs de gauche font la distinction entre les analyses médiatiques, les provocations calculées des leaders et leur propres convictions, valeurs, histoires qu’ils partagent avec toute la gauche.
Il faut croire que cette volonté d’union est solide : elle est réfléchie. Il faut bien reconnaître qu’elle doit être tenace. Elle a subi bien des bleus depuis des mois et elle est toute cabossée depuis dix jours. Ce jeudi, on en a eu confirmation : la raison ne viendra pas des sommets. Jean-Luc Mélenchon en meeting à Lyon n’a nullement joué l’apaisement ; invité de BFMTV, Emmanuel Grégoire, le candidat des gauches unies à Paris (hors LFI) a assuré qu’il n’y aurait aucun rapprochement avec la liste de Sophia Chikirou au second tour.
Il va nous rester à nous comporter comme des grands et se ficher des consignes, des fusions ou non, des désistements ou non : il est vital pour nos vies et nos combats que ce délire délétère s’arrête, qu’on y mette un coup d’arrêt. Chacun est maître de son bulletin. Au second tour, il faudra gagner et sauver ce qui peut l’être, voter pour la liste de gauche qui peut l’emporter. Et d’ici là, rendre possible ces convergences.
Stop à la folie destructrice et bravache des coqs et des coquelets. Nos vies valent mieux que leurs hallucinations.