LFI sous le feu : il est encore temps
Pilonnée et classée à l’extrême gauche, La France insoumise cristallise une offensive politique majeure après la mort de Quentin Deranque à Lyon. Dans le viseur, pas seulement un mouvement, mais l’existence même d’une gauche de gauche en France.
C’est l’hallali contre La France insoumise. Tous les ministres, toute la droite et l’extrême droite, tout Raphaël Glucksmann et tout Maud Bregeon, tous les plateaux TV convergent pour tenter de porter le coup de grâce contre le mouvement de gauche radicale.
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La séquence a commencé avec le classement de LFI dans la catégorie « extrême gauche ». Ainsi, par décision du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, avec l’assentiment appuyé du président de la République, le nouvel étiquetage du mouvement de Jean-Luc Mélenchon construit une équivalence avec l’extrême droite. Avec une irresponsabilité totale, la droite, les macronistes et le gouvernement participent à banaliser toujours plus la possible accession du RN au pouvoir. Voire la favoriseraient, en cas de duel Mélenchon/Bardella. Et dès les municipales, ils espèrent empêcher toute fusion des listes de gauche.
L’enjeu politique est majeur. « La cabale contre LFI », dixit Sandrine Rousseau, prend une nouvelle ampleur avec la mise en cause des insoumis à la suite du meurtre de Quentin Deranque. « Les mots tuent », a dit le ministre de la justice Gérald Darmanin. « À l’évidence, l’ultragauche est en cause », pour le ministre de l’intérieur. Des évidences dont se garde pourtant le procureur. Mais les ministres, en principe garants de l’état de droit et du fonctionnement de la justice, n’en ont cure : avant toute conclusion de l’enquête, ils savent et assènent. Une entorse de plus…
Par trois fois, Mélenchon a porté les couleurs de la radicalité incarnées au 20ème siècle par les communistes. Il s’est inscrit dans la trace des sans-culottes et de la France rebelle. Il a compris cette demande de rupture et lui a donné un visage renouvelé. Mais il a oublié la moitié de l’histoire. La politique qui fait battre les cœurs est tout à la fois conflit et recherche de majorité.
Ce pilonnage est dégueulasse. Mais il peut fonctionner sur une France insoumise considérablement fragilisée en trois ans. En 2017, Jean-Luc Mélenchon était la personnalité politique préférée des Français. En 2022, il était la deuxième et LFI était considérée comme la première force d’opposition. À moins d’un an de la prochaine élection présidentielle, la donne a radicalement changé. Les insoumis inquiètent et sont perçus comme un danger pour la démocratie.
Il est exact que, pour parvenir à ce renversement, rien ne leur aura été épargné, accusations ignominieuses d’antisémitisme en tête. Mais si l’on veut faire la révolution, il faut s’attendre à de rudes affrontements, s’y préparer, les anticiper. Et éviter de nourrir sans cesse l’incompréhension ou la critique, voire la défiance.
Les insoumis sont forts de leurs résultats en 2017 et 2022. Ils veulent croire que, cette fois encore, Jean-Luc Mélenchon va polir son image et réussir à embarquer tout le monde. Par trois fois, il a porté les couleurs de la radicalité incarnées au 20ème siècle par les communistes. Il s’est inscrit dans la trace des sans-culottes et de la France rebelle. Il a compris cette demande de rupture et lui a donné un visage renouvelé. Mais il a oublié la moitié de l’histoire. La politique qui fait battre les cœurs est tout à la fois conflit et recherche de majorité. La brutalité du monde, les divisions de notre société inquiètent et font peur. Mais ce qui a toujours emporté les foules, c’est la promesse d’un changement vers plus de liberté et d’égalité ; c’est l’horizon d’une nouvelle unité. 1936, 1968, 1995 : ces temps sont ceux des masses créatives et convergentes. Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais !
L’enjeu des mois qui viennent est d’empêcher le pire au pays et à ceux qui y vivent. Ce qui se joue également c’est l’avenir d’un espace politique, celui qui croit qu’un autre monde est possible. Dans le champ politique, LFI représente la gauche de gauche : elle n’est pas responsable que d’elle-même et elle peut disparaître, emportant dans sa chute un pan des espoirs politiques. Dix ans après sa création, LFI doit réinventer sa façon de faire de la politique : moins d’arrogance et de clivage, plus de gentillesse et de considération. Love.