La proposition choc de François Ruffin
Ruffin est un député au Smic, il veut être un président au Smic. Symbole démago ou écho vibrant d’une France en colère contre ses élites ?
Invité du 20h de TF1, François Ruffin a confirmé sa candidature à l’élection présidentielle, d’abord dans le cadre de la primaire d’une partie de la gauche. Le député a ancré sa candidature dans la défense des travailleurs essentiels, qui gagnent à peine le Smic. Ce sont ces « 8 millions de Français » qu’il veut représenter à l’Elysée. Mais c’est sa proposition d’un président payé au Smic qui a fait sensation autant que débat. Elle laisse entendre que l’on peut vivre décemment avec un SMIC au cœur de Paris… un brin démagogique. Elle donne aussi à croire que l’on vise une société de la pauvreté partagée et dans laquelle l’engagement, l’utilité sociale ne sont pas valorisés financièrement. Enfin, elle fait fi de l’histoire de la démocratie française : payer les élus pour que tous puissent l’être, pas seulement les rentiers. Mais Ruffin touche un nerf à vif : celui du reproche massif, entendu à travers tout le pays, d’une élite politique, économique, médiatique déconnectée vivant dans un autre monde, gagnée par une forme de corruption morale. Ruffin n’a pas encore un projet pour la France dans le monde. Mais il parle au cœur de millions de gens à la peine.
Pablo Pillaud-Vivien
Europe : se rassembler pour quoi faire ?
La fragilité de l’Europe est devenue une évidence… qui ouvre un débat sur son avenir, son projet, sa construction. Thomas Piketty, Etienne Balibar et Dominique Meda viennent de prendre position en faveur d’un social-fédéralisme. Bonne idée ou nouveau leurre qui contourne la politique ?
Par Roger Martelli

Une tribune récente du Monde appelle à inventer « un nouveau social-fédéralisme » face au « défi des empires ». Elle est signée par des auteurs que Regards publie et interroge régulièrement, Etienne Balibar, Thomas Piketty ou encore Dominique Meda.
Cette tribune s’inscrit explicitement dans la foulée d’un autre appel, lui aussi publié dans Le Monde et qui, de son côté, proposait de mettre fin à la « vetocratie » (le pouvoir de veto des États) pour aller vers une intégration européenne renforcée. Il énonçait une méthode : constituer une « coalition pro-européenne renouvelée, transpartisane et interinstitutionnelle ».
Pour ces auteurs, face à la morgue impériale et la logique de puissance, mais aussi face au repli sur soi, la solution serait donc dans une accentuation de la pente fédéraliste. Les deux textes ne font nullement état des responsabilités des institutions européennes, Conseil, Commission ou Parlement. Leurs choix économiques, sociaux ou diplomatiques ne sont ni mentionnés ni questionnés. Qu’ils relèvent d’une logique fédérale ou confédérale, ils ont pourtant attisé le ressentiment et, in fine, la perte de confiance dans les valeurs de partage et de solidarité.
Une fois de plus, le débat se réduira-t-il entre partisans et adversaires de l’Union européenne ? Va-t-on continuer à classer, parmi les anti-européens, quiconque critique l’état existant sans contester pour autant l’Union ? Être alter-européen, est-ce être anti-européen ? Tout se passe comme si les contenus que l’on propose pour l’Europe ne comptaient pas. Peu importerait que l’on soit de droite ou de gauche : l’essentiel serait donc d’être estampillé « pro-européen ».
Or, c’est bien ce melting-pot de la gauche et de la droite qui prévaut au Parlement européen. C’est lui qui, depuis des décennies, produit le désarroi et finit par nourrir les extrêmes-droites. A Strasbourg on a voulu produire du social, mais pas trop ; du libéral, mais sans excès. À l’arrivée, on a eu au mieux du social-libéralisme. Dans la réalité politique, le « social-fédéralisme » appelé par nos auteurs pourrait bien n’être qu’un leurre.
L’idée fédéraliste n’a en elle-même rien de tabou. Mais elle manque de consistance, dans un moment où l’Europe peut, à son tour, être emportée dans le tourbillon universel de la radicalisation des droites. Les institutions européennes doivent certes être reconsidérées, les traités européens doivent être rediscutés, renégociés et démocratiquement validés. Ce qui est en jeu n’est pas d’abord la forme institutionnelle elle-même, mais ce qui fonde le fonctionnement des institutions : les valeurs, les critères des choix, les modèles de démocratie que l’on veut construire.
Il faut faire le choix de l’Europe, parce que celui des nations ne suffit pas ; mais l’Europe elle-même doit faire des choix… et d’abord celui de tourner le dos aux logiques qui ont trop longtemps dominé notre continent. La concurrence généralisée, la dérégulation, le gaspillage des ressources, la baisse des coûts humains et la dynamique inégalitaire ne peuvent ni réussir ni rassembler les Européens. Quant à la perte d’espérance, elle a fait le lit de l’extrême-droite. Il est irréaliste de penser qu’on reconstruira un projet européen partagé en passant par-dessus la politique et ses débats, à commencer par le conflit de la gauche et de la droite, moteur de la dynamique démocratique.
Roger Martelli
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La syndicaliste, un film à voir sur France TV. Inspirée de faits réels, cette fiction suit une déléguée syndicale de la CFDT chez Areva, interprétée magistralement par Isabelle Huppert, qui découvre qu’il existe un accord secret entre les Etats français et chinois concernant la filière nucléaire. Lanceuse d’alerte, elle se fait menacer jusqu’à se retrouver ligotée et violée chez elle. Après la sortie du film au cinéma en 2023, la députée Clémentine Autain avait demandé, en vain, l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire.
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