Jeu de massacre politique

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Les sondages s’accumulent et racontent tous la même histoire : hormis celles du RN, plus une personnalité apparaît comme « présidentiable », plus elle recule. À gauche comme à droite, le champ politique se vide, pendant que l’extrême droite prospère sur le silence et la confusion des autres.

La messe est dite : aujourd’hui, deux motions de censure déposées par LFI et le RN vont être débattues et rejetées. Sera-ce une victoire de la raison macronienne ? Non, si l’on en croit le sondage du jour (Odoxa-Backbone pour Le Figaro) : 75% des Français jugent ce budget mauvais. La proportion de désapprobation est tellement massive qu’il est vain d’ergoter sur les sondages et leur marge d’erreur. Les députés qui s’apprêtent à laisser passer ce budget n’ont pas convaincu qu’ils faisaient œuvre utile. Ou, si on leur sait gré de quelque chose, c’est de ne rien faire, de ne pas aggraver les tensions et d’arrêter de nous embêter avec des histoires dont l’intérêt ne nous a pas été révélé.

Je généralise mon propre ras-le-bol ? L’autre sondage (Harris-Interactive), qui porte sur le potentiel électoral d’une cinquantaine de personnalités françaises, est éloquent. Si l’on a un potentiel électoral, c’est-à-dire si l’on apparaît comme faisant partie des « présidentiables », alors on dévisse. À gauche comme à droite. Moins 6% pour Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Hollande, François Ruffin, Clémentine Autain, Mathilde Panot, Fabien Roussel et seulement (lol) moins 5% pour Raphaël Glucksmann, Xavier Bertrand et Marine Tondelier. Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure et Ségolène Royal restent stables… mais bas : 14% de potentiel électoral. Un jeu de massacre.

Seuls épargnés par la dégelée générale : Jordan Bardella (41%) et Marine Le Pen (39%). Comme si l’extrême droite parvenait à structurer une représentation cohérente de son projet, son programme, son action. L’extrême droite se trouve naturellement sous les feux des projecteurs et, pour le moment, elle est parvenue à ne pas être associée à la politique de Trump. Mieux, en se détachant clairement du président américain au sujet du Groenland et de l’annexion de territoires, elle donne le sentiment de mettre la France et le droit au-dessus de toute autre considération. Bravo les artistes !

Le RN a été contraint de prendre position, car la menace était grande de sombrer dans l’opprobre s’il apparaissait lié à Trump. Ainsi, ses dirigeants ont parlé de ce qui nous occupe tous : la possibilité de la guerre, le risque nucléaire, le dérèglement du monde, la fragilité de l’Europe. Qui d’autre en parle ? Emmanuel Macron est totalement erratique ; un jour, il valide le kidnapping de Nicolas Maduro ; le lendemain, il prétend refuser la brutalité. Le président de la République n’a plus aucune crédibilité, aussi parce qu’il n’a pas de pensée solide (sauf sur les bienfaits de la politique de l’offre). Il n’est pas en mesure de structurer le débat politique et de marquer nos idées. Dominique de Villepin commente très bien. Ses passages télévisés sont attendus et relayés sur les réseaux sociaux. S’il rappelle des principes, il dit peu sur ce qu’il convient de faire. Dominique de Villepin n’est pas complètement un homme politique en action.

Et les autres ? Tous les autres ? C’est le silence radio. Je ne dis pas qu’ils ne parlent jamais de ce monde qui tremble et nous inquiète. Mais c’est toujours ponctuel, à propos d’un évènement. Qui propose une analyse globale et un chemin ?

Les socialistes doivent se défaire de leur amour atlantiste ; les écologistes, de leur fascination pour une Europe qui tombe ; les communistes ? Je ne sais pas. Les Insoumis ? Jean-Luc Mélenchon n’a pas encore délivré sa pensée. Son débat sur France 2, face au ministre des Affaires étrangères, n’a pas été global et alternatif.

Pour le moment, la classe politique parle du 49-3.

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5 commentaires

  1. Broca-75005 le 24 janvier 2026 à 17:36

    Une bonne partie « des figures social-démocrates et macronniennes » se tire une balle dans le pied à chaque occasion vis à vis de l’opinion et LFI est si décrié par la presse et TV mainstream qu’ils elles n’ont pas besoin de parler, on leur colle à toutes occasions en repoussoir leur islamo-gauchisme antisémite.
    L’exemple cité par vous de Maduro est révélateur. Maduro, c’est un méchant, donc on doit dire que l’on est content qu’il soit neutralisé. La manière dont cela a été fait, peu importe … proférer une insulte d' »islamo-gauchisme antisémite » ne pose pas de problème éthique aux sociaux-démocrates et macronniens et pourtant cette affirmation devrait être suivie par une plainte en justice pour les plus conséquents, mais le résultat juridique à toutes les chances d’avoir un effet boomerang. Est-ce que les figures social-démocrates se préoccupent d’autre chose que de leur posture en équilibre sur un strapontin ?
    Donc, vu d’en bas à gauche (humour géographique), le RN plan A ou plan B, c’est le choix qui s’impose. La messe est dite, sauf accident industriel.

  2. carreira le 25 janvier 2026 à 10:08

    Heureusement les déboussolés que nous sommes peuvent compter sur la clairvoyance, l’absence de parti pris et la pertinence de l’analyse politique dont Madame Tricot régulièrement témoigne.
    Dommage qu’elle n’interrogeait pas les intérêts que motivent ceux qui commandent, paient et fabriquent les sondages qu’elle commente ici et dont les resultats affichés lui apparaissent comme parole d’évangile.
    Sa messe est dite et le vertige est atteint quand elle ose écrire  » Jean-Luc Mélenchon n’a pas encore délivré sa pensée. « 

  3. BDPIF en mode LFI le 26 janvier 2026 à 15:13

    Le pari socialiste, inféodé aux ordres des faucons de Wouashington, capitale des états unis d’Amérique ne sait plus comment faire pour se justifier du budget macroniste qu’il a validé avec la plus grande mauvaise foi possible de Gôche.
    S’il n’avait pas voté ce budget il y aurait eu des elections d’ici 30 jours, ce qui aurait laissé la chance à la vrai Gauche (LFI) de pouvoir passer au pouvoir par les elections. Effectivmeent, il y aurait eu 4 chances sur 5 que le RN prenne le pouvoir, certes, mais à qui la faute ? Aux francais, d’abords de ne pas avoir voté LFI, mais aussi et surtout au parti socialiste, et au PCF, et aux autres d’avoir voulu par fantaisie ou opportunisme politique de présenter leurs candidats au lieu de se desister en faveur de LFI.

    1 chance sur 5 d’avoir le pouvoir. Seul LFI à le courage de tenter cette chance. Qui ne risque rien n’a rien !!!!

  4. Lucien Matron le 26 janvier 2026 à 18:07

    Les sondages expriment une certaine réalitê du paysage politique à un instant donné. Une autre rêalité est possible : les résultats des élections partielles municipales ou législatives. Dans tous les cas, la gauche divisée recule, les macronistes, la droite et l’extrême droite se maintiennent ou progressent. L’abstention se situe à un haut niveau. Primaire, pas primaire, ou candidature isolée , la messe n’est pas dite mais il y a du mal de fait. C’est désespérant. Les municipales de mars seront un test important pour la suite.

  5. carlos_H le 2 février 2026 à 06:08

    Curieux oubli dans cet article : la responsabilité médiatique. On pleure le manque de « vision globale”, mais on passe son temps à transformer la politique en casting et en sondoscope. Quand un parti de gauche, LFI, expose un programme chiffré, conflictuel, structuré (économie, énergie, retraites, institutions), il est traité comme un bruit de fond idéologique. Quand le RN édulcore et floute, on parle de “stratégie” et de “maturité”.

    La vacuité politique n’est pas spontanée : elle est produite… Produite par un écosystème médiatique qui préfère les personnalités aux rapports de force matériels, les petites phrases aux arbitrages budgétaires, la géopolitique de plateau aux projets de transformation radicaux qui visent à expérimenter un autre mode de vie plus soutenable (règle verte) et bouleverser le rapport au politique (assemblées constituantes).

    Alors qui “resitue le débat sur le fond” ? Certainement pas ceux qui passent leur temps à regretter l’absence de projet tout en invisibilisant le seul qui est posé noir sur blanc… N’est ce pas Madame Tricot?????
    On ne peut pas à la fois organiser le brouillard et se plaindre de la météo.

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