Trump moque le droit international… et c’est pas drôle — par Roger Martelli

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Le président américain abandonne l’idée même de droit international et use de sa puissance pour asphyxier l’ONU. On ne peut pas renoncer à une mondialisation humaine.

« Je n’ai pas besoin du droit international », assume ce week-end Donald Trump dans un entretien au New York Times. De fait, il vient de retirer les États-Unis de 66 organisations qui donnent corps à ce droit international et aux missions universelles des Nations unies. Près de la moitié de ces organisations sont liées à l’ONU. Motif : elles « ne servent plus les intérêts américains ».


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La liste des extradées est parfaitement cohérente avec le projet trumpien. Sont aujourd’hui visées toutes les structures qui se préoccupent du dérèglement climatique, des questions du travail et des sujets présumés « woke ». Depuis longtemps, l’ONU est dans la ligne de mire des États-Unis. Ils ont suspendu les dotations de l’Unesco, de l’OMS, de l’agence des réfugiés de Palestine ou du Conseil des droits de l’homme. Désormais, un seuil est franchi : de l’arme du dollar, Donald Trump passe directement à l’expulsion de tout ce qui n’est pas conforme au grand projet du MAGA.

« Ma propre morale, ma propre raison, c’est la seule chose qui peut m’arrêter », dit-il encore au quotidien new-yorkais. Donald Trump considère que seul compte ce qui est bon pour les États-Unis… Jamais un président américain n’était allé si loin dans le cynisme. La prétention à l’hégémonie mondiale des États-Unis n’a plus besoin d’être moralement justifiée : oubliés le « monde libre » de la guerre froide, les « droits de l’homme » de l’antitotalitarisme ou le « nouvel ordre mondial » prôné au moment de la chute de l’URSS. L’Amérique d’abord ; en fait, l’Amérique seule…

Il n’est pas vrai que la realpolitik, celle du choc des puissances comme celle du choc des civilisations, est une manière d’assurer la paix et le développement des capacités humaines. On devrait se débarrasser de la mondialisation capitaliste, et on peut le faire, mais pas en tournant le dos à la mondialité.

Tout est mesuré à l’aune des intérêts étasuniens, la concurrence, la mondialisation, l’usage universel des ressources naturelles, les alliances, le tracé des frontières, l’usage de la négociation et celui de la force. La mondialisation sert davantage la Chine que les États-Unis ? On s’en débarrasse. La concurrence « libre et non faussée » dessert l’économie américaine ? On en revient à la guerre des tarifs douaniers. La régulation onusienne contredit le choc des puissances ? On lui tourne le dos.

Mais jusqu’où tolérera-t-on le délire qui domine à la Maison-Blanche ? Entériner la démesure en cours à Washington, c’est faire un pas de plus vers l’apocalypse. Qui peut s’y résigner ?

Il est temps de dire non, sans hésitation, sans contorsion, sans fioriture. Et accompagner ces refus d’un autre récit, positif, pacifique, émancipateur. Il n’est pas vrai que la realpolitik, celle du choc des puissances comme celle du choc des civilisations, est une manière d’assurer la paix et le développement des capacités humaines. La mondialisation a été la façon capitaliste de gérer ce que le poète Édouard Glissant appelle joliment la « mondialité », c’est-à-dire ce destin commun de l’humanité qui découle de l’interdépendance généralisée de nos sociétés. On devrait se débarrasser de la mondialisation capitaliste, et on peut le faire, mais pas en tournant le dos à la mondialité.

Les institutions internationales ne doivent pas être mises au placard, mais réformées, c’est-à-dire démocratisées. La place des citoyens et des ONG peut être renforcée. Le droit international devrait devenir une norme pleinement commune, supérieure à toutes les autres, affranchie de la prédominance du droit des affaires et libérée de l’équilibre des puissances.

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