Dominique de Villepin, le candidat qui vient
La newsletter du 7 janvier 📨
par Catherine Tricot
L’ancien premier ministre capitalise sur la crise internationale pour revenir dans le jeu politique. Du droit international à l’unité nationale, il esquisse une offre présidentielle classique, encore floue sur le social, mais calibrée pour un électorat en quête de stabilité.
Venezuela oblige, Dominique de Villepin est l’invité des grandes émissions politiques. Après BFMTV dimanche, c’est dans la matinale de France Inter hier qu’il est venu parler du monde multipolaire et du respect du droit international. Il rappelle la tradition diplomatique de la France, oubliée par Emmanuel Macron. Comme toujours, Villepin remplit sa fonction de vieux sage de la politique internationale. Et il a des lettres de noblesse pour cela. Et on l’écoute.
Mais cette fois, il y a davantage. Villepin se présente à nous comme une solution pour 2027. Il le dit dans des termes qui ne trompent plus. Son analyse est la suivante : entre les insoumis et le RN, il ne se dégage pas de figure à la hauteur du moment. Lui se prévaut de son expérience qu’il considère comme un critère essentiel pour disqualifier le RN et singulièrement Jordan Bardella qui prétend piloter un A380 alors qu’il n’a jamais conduit d’avion. La compétence et l’expérience ne sont qu’un critère de jugement mais Villepin les croit décisives en période de forts dangers et de troubles.
Circonstance aggravante : entre le RN et les Insoumis, il n’y a plus de partis politiques. Villepin anticipe que les élections municipales vont le révéler de façon éclatante. Lui non plus n’a pas de parti mais il croit que l’heure est venue de rassembler les bonnes volontés de centre droit et de centre gauche en déshérence. Cela rappelle furieusement la proposition d’Emmanuel Macron, qui reprenait celle de François Bayrou. C’est un vieux fantasme qui tout à la fois ne fonctionne pas (on le mesure chaque jour) et qui a une réalité politique, celle d’un espace qui ne se reconnaît pas dans des propositions fermes et tranchées. Villepin enjambe les candidatures de Xavier Bertrand, Edouard Philippe, Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve et François Hollande. Il n’en parle même pas. Il pense être le seul à pouvoir occuper cet espace de la raison et de la tradition.
Il pense pouvoir compter sur le consensuel respect qu’il inspire au-delà des familles politiques quand il affirme une politique fondée sur le droit international notamment au Proche-Orient ; quand il évoque la souveraineté et la puissance de la France ; quand il parle des pays du Sud. Les insoumis et les électeurs d’extrême droite ont leur candidat mais la force de Dominique de Villepin, le croit-il, il ne suscitera pas de surmobilisation contre lui au second tour.
Villepin sait que l’élection ne devrait pas se jouer principalement sur les enjeux internationaux. Il commence à étoffer un discours reconnaissable aux oreilles d’un électorat raisonnable. La nation et son unité à conforter, l’État et son efficacité à reconstruire, la République et ses valeurs à défendre. Ce n’est pas encore très fourni ni très précis – et surement pas très innovant – mais cela couvre large, embrassant les service publics, les inégalités et le pouvoir d’achat. Ce classicisme pourrait rassurer les inquiets de l’identité.
Villepin n’est qu’au début d’un chemin. Il lui faudra dire ce qu’est sa proposition politique au-delà des principes. Ce qui est utile pour être situé et pour donner sens aux multiples propositions mais qui ne suffit pas. La façon dont il va traduire ces principes, c’est là que va s’effectuer le partage des eaux. Villepin est un homme de droite, sûrement l’un des derniers gaullistes, et il est un homme d’ordre, qui entend redonner vie aux hiérarchies sociales et qui n’a pas le goût des idées neuves pour faire face au nouveau monde.
Enfin, la totale solitude de Villepin est une faiblesse structurelle. Vouloir diriger un pays est affaire collective. Et affaire de diversité des expériences et des idées. Ce n’est pas son fort. Plusieurs fois déjà Villepin a cru pouvoir être une solution pour la France. Cela n’a jamais pris. La conjonction du vide au centre de l’échiquier politique et de la montée des enjeux internationaux peuvent lui offrir une chance d’émerger. De là à convaincre une majorité ?
🔴 DEVOIR DE MÉMOIRE DU JOUR
Être Charlie, sans blague ?

11 ans après l’attentat qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, la question demeure : que reste-t-il de son esprit ? Le 7 janvier 2015, nous étions Charlie au nom d’une liberté de la presse non négociable (sans ignorer pour autant les dérives racistes déjà à l’œuvre dans le journal) parce que rien, jamais, ne justifie le meurtre ; mais l’« esprit Charlie », forgé dans l’irrévérence libertaire de Hara-Kiri, s’était dissous sous la direction de Philippe Val au rythme d’une époque où une gauche déboussolée, après l’effondrement du soviétisme et la conversion libérale du socialisme, s’est raccrochée à une République abstraite, bientôt instrumentalisée par le récit du « choc des civilisations » et la guerre contre l’islamisme. De la laïcité apaisée à la stigmatisation des musulmans, le renversement est lourd de dangers : transformer l’« esprit Charlie » en machine de guerre idéologique, ce serait, paradoxalement, donner raison à ceux qui ont voulu, en 2015, substituer la critique par les armes à l’arme de la critique.
ON VOUS RECOMMANDE…

Il y a 30 ans décédait François Mitterrand, le dernier président socialiste. À cette occasion, France 2 et la RTBF ont produit une mini-série qui raconte près de 60 ans de sa vie politique. « Mitterrand confidentiel » se concentre sur les zones troubles et d’ombres de sa vie personnelle et politique. Sa jeunesse sous Vichy, le vrai faux attentat de l’Observatoire pour relancer sa carrière, les écoutes téléphoniques de l’Élysée, sa double vie avec Anne Pingeot, sa maladie. Les événements politiques majeurs servent de trame de fond. On attendra encore une série politique qui ose parler de politique : la télé française est bien docile. Deux raisons pourtant de regarder cette mini-série : l’incarnation juste de Denis Podalydès mais aussi les relations entre François et Daniele Mitterrand. Elles furent difficiles mais libres. Cela me rappelle que Léon Blum aussi aima une femme de tête, plus à gauche que lui. Ça vaut pardon. Provisoirement.
C.T.
C’EST CADEAU 🎁🎁🎁
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Bonjour,
Je n’ai pas de commentaires sur les articles de Regards.
Juste un mot pour dire : je lis un article de l’Huma sur les municipales à Perpignan : c’est beau l’union face à l’extrême droite : 3 listes de gauche !