On a aussi un problème avec l’Europe
La newsletter du 5 janvier 📨
par Catherine Tricot
L’atonie des dirigeants européens conforte la puissance de Trump. Ils faillissent et nous trahissent.
En acceptant l’agression américaine au Venezuela, Emmanuel Macron s’est discrédité et a abandonné toute capacité d’agir. C’est donc sans lui qu’il faut commencer à bâtir le futur.
Personne ne peut croire désormais que la politique de Donald Trump est intuitive, versatile ou erratique. En moins d’un an, le président américain a mis sur la table toutes les ruptures qu’il entend imposer à l’ordre du monde. Et l’Europe a fait l’autruche, systématiquement. Elle a cru calmer daddy en se comportant comme un vassal.
La hausse unilatérale des droits de douanes ? OK.
La hausse du budget de l’armement pour l’achat de ses armes aux États-Unis ? OK.
L’achat de gaz aux États-Unis en dépit des objectifs de décarbonation ? OK.
Le futur G20 dans la résidence privée de Donald Trump ? OK.
L’expulsion de l’Afrique du Sud du G20 ? OK.
Le bannissement du sol américain de l’ancien commissaire européen au numérique, Thierry Breton ? Silence.
Les sanctions invalidantes contre le juge français de la Cour pénale internationale ? OK.
L’humiliation de Zelenski ? Pas OK mais on va redoubler de flatterie.
La riviera à Gaza ? OK.
Le bombardement de l’Iran ? OK.
Le bombardement du Nigéria ce 25 décembre ? OK.
L’investissement aux États-Unis de 500 milliards du géant du médicament Sanofi ? OK.
Le soutien aux forces d’extrême droite inscrit dans le projet de sécurité nationale ? RAS.
On a un gros problème avec Donald Trump mais on a aussi un gros problème avec l’Europe. Cela fait longtemps que le projet européen est exsangue ; qu’il est largement contesté voire rejeté et surtout totalement périmé. Tous les dirigeants européens le savent mais ils n’ont pas de plan B. Ils ont peur.
On ne peut rien attendre d’eux. Il faut oser penser à toutes les échelles : avoir une proposition pour un nouvel ordre mondial qui relève les défis d’aujourd’hui ; repenser l’Europe pour qu’elle soit active dans l’émergence de ce nouveau projet mondial.
Dire « la paix » ne suffit plus. Il faut anticiper de nouvelles façons de résoudre les conflits de territoire, de souveraineté. Promouvoir les intérêts communs de l’humanité contre les identités fermées est central dans le monde qui vient. Ces intérêts communs que sont la lutte contre le réchauffement climatique et la solidarité face à ses effets ; la lutte contre les pandémies et les maladies endémiques ; stopper la prolifération nucléaire ; contrôler l’IA ; faire reculer les inégalités ravageuses…
La charte des Nations unies n’a pas prévu tout cela et repose sur un fonctionnement bloquant avec le droit de veto des cinq membres permanents du conseil de sécurité. De fait, l’ONU est à l’arrêt. Une nouvelle organisation mondiale pour notre humanité commune est nécessaire. Elle doit être bâtie avec les États, les ONG, les sociétés.
C’est cela ou la partition entre empires.
L’Europe ne doit pas, ne peut pas se vouloir un empire parmi les autres. Elle doit et peut être une force pour faire émerger ce futur en commun. Mais cela passe ici aussi par une grande remise à plat. L’Europe, quoi qu’elle en dise, n’a pas su faire mieux qu’un grand marché, une monnaie commune et un espace de libre circulation pour les citoyens européens. Elle est le dernier carré du néolibéralisme dérégulateur. Ce temps est terminé. Un autre va s’inventer. Ce sera celui de la vassalité, du conflit généralisé ou un nouveau projet de coopération avec le monde.
On a besoin que l’Europe construise ce chemin. Pedro Sanchez, le premier ministre socialiste espagnol, se tient droit et tente des trucs. Dernier en date : la déclaration commune avec les pays d’Amérique latine qui refusent le coup de force américain. Pedro Sanchez est seul à tenter. C’est lui qui a raison. Cela va prendre du temps mais il faut s’y engager. Que 2026 nous en donne le courage.
🔴 FRONT DU JOUR
L’Espagne et 5 pays latino-américains se lèvent face à Trump

Ce 4 janvier, le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a, de nouveau, pris les devants dans l’opposition mondiale aux folies étasuniennes. À l’initiative de l’Espagne, il signe un communiqué avec ses homologues Lula (Brésil), Gabriel Boric (Chili), Gustavo Petro (Colombie), Claudia Sheinbaum (Mexique) et Yamandú Orsi (Uruguay) pour dénoncer « la gravité des événements ayant eu lieu au Venezuela ». Les six dirigeants progressistes – oui, il en reste ! – « expriment leur profonde préoccupation et leur rejet des actions militaires menées unilatéralement sur le territoire vénézuélien, qui contreviennent aux principes fondamentaux du droit international ». Ils emploient des mots à l’antithèse du trumpisme : « respect de la volonté du peuple vénézuelien sans ingérence extérieure » ; « processus politique inclusif, mené par les Vénézuéliens » ; « solution démocratique, durable et respectueuse de la dignité humaine ». Ils en appellent à « l’unité régionale, au-delà des différences politiques » et « exhortent le secrétaire général de l’ONU et les États membres à contribuer à la préservation de la paix ». Une belle démonstration d’indépendance et de résistance vis-à-vis de la Maison-Blanche, loin des communiqués de l‘UE ou de la France…
L.L.C.
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« Maduro, du socialisme à la dictature », sur Arte. Héros révolutionnaire devenu fossoyeur de la démocratie vénézuélienne, qui est Nicolás Maduro ? Portrait d’un chauffeur de bus arrivé au sommet du pouvoir, qui a incarné les espoirs populaires avant de basculer dans l’autoritarisme le plus mortifère.
C’EST CADEAU 🎁🎁🎁
L’activiste Camille Etienne a posté cette vidéo sur Instagram de son camarade vénézuélien Armando Ledezma, enregistrée à Caracas.
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