LA LETTRE DU 31 MARS

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Les cartes de la présidentielle 2027 rebattues

par Catherine Tricot

Marine Le Pen a été condamnée à l’inéligibilité et ne sera pas candidate à la présidentielle. C’est un coup de tonnerre.

Marine Le Pen a donc été condamnée à 4 ans de prison, dont deux ans ferme, aménageables avec un bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de 5 ans assortie d’une exécution immédiate. En clair, Marine Le Pen se voit dans l’incapacité de se présenter à la prochaine élection présidentielle.

C’est donc un jugement sans « laxisme » : les prévenus du procès en détournement de fonds européens ont tous été déclarés coupables, la plupart avec des peines de prison ferme. Les juges ont appliqué la loi votée par les députés en 2016, lesquels ont rendu obligatoire – et non automatique – la peine d’inéligibilité et l’exécution immédiate en cas de détournement de fonds.

Sitôt le verdict tombé, le leader Hongrois Viktor Orban tweete « Je suis Marine », le Kremlin déplore « une violation des normes démocratiques ». Dans le monde entier, l’ultra-droite marque son soutien au RN. Le jugement a un écho national et international.

Avant même le prononcé des peines, Marine Le Pen avait rejoint le siège du parti et son président Jordan Bardella. Les dirigeants du RN vont contester ce jugement, le déclarant partisan. Ils alimenteront la campagne planétaire contre la justice, son autonomie et sa fonction de garant du droit et des institutions.

Ce jugement est un tremblement de terre pour le RN, mais il l’est pour tout l’espace politique. Il est un peu l’équivalent de l’affaire Strauss-Kahn qui redistribua les cartes pour 2012.

Le RN va bien sûr mettre en selle un candidat. Il y a fort à parier que ce sera Jordan Bardella. Mais son très jeune âge (29 ans) et son positionnement à la croisée du RN, de Reconquête et des LR modifient la donne. Bardella a peu convaincu lors des législatives, pas plus qu’il ne s’impose parmi les cadres du RN. Il n’occupe pas exactement le même espace politique que Marine Le Pen. Mis en place pour rallier la bourgeoisie réactionnaire et les électeurs âgés, il devait bloquer Marion Maréchal. Le voilà en première ligne : les équilibres sont modifiés. La force de Marine Le Pen était du côté des catégories populaires, les plus nombreuses. Avec un tout autre profil, Bardella ne part pas avec les mêmes chances de victoire. Malgré une cote de popularité équivalente à celle de Marine Le Pen, son élection est loin d’être aussi crédible.

Bien des prétendants à l’Élysée vont se sentir rassérénés. Chassant sur les mêmes terres, Retailleau et Zemmour vont disputer la place au jeune homme au nom de l’expérience. Sur cette base, l’alliance du « bloc central » va en prendre un coup. La lutte entre Philippe et Retailleau prend corps.

À gauche, ceux qui ne veulent pas d’une candidature de rassemblement vont y trouver arguments. La droite divisée, la crédibilité de Bardella incertaine, le niveau à atteindre pour accéder au second tour s’abaisse et la perspective de victoire paraît moins bouchée. Jean-Luc Mélenchon en tirera argument. Raphaël Glucksmann aussi. Les forces d’entropie à gauche vont pouvoir se libérer. Audacieux et dangereux calculs : Marine Le Pen sort du jeu alors que l’extrême droite est en ascension, en Amérique comme partout en Europe. En France, ils sont nombreux à pouvoir et vouloir reprendre ces idées, au-delà du RN.

Catherine Tricot

CAPRICE DU JOUR

Première crise sociale à affronter pour la ministre de la culture Rachida Dati

Ce mardi, la proposition de loi de holding chapeautant France Télévision et Radio France revient à l’Assemblée nationale. L’occasion pour l’ensemble des syndicats des deux groupes de faire grève pour affirmer leur opposition au projet. La ministre de la culture/maire du 7ème arrondissement de Paris Rachida Dati l’a réaffirmé dans une interview au Parisien : elle veut aller jusqu’au bout de sa réforme et ne veut rien céder sur le sujet. Problème : personne n’y croit vraiment. La gauche est vent-debout, les ex-ministres de la culture, de gauche comme de droite, aussi, les centristes voient bien que ça va être compliqué et le RN veut privatiser le tout donc risque de s’abstenir. Bref, ça sent le sapin pour cette réforme qui, de toutes les façons, est dénuée de sens autre que celui de faire des économies.

P.P.-V.

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« Le concept le plus pervers de l’extrême droite… et ses idiots utiles », de Clément Viktorovitch. L’expert ès rhétorique décortique le concept de « racisme anti-blancs », qu’il distingue des agressions racistes qui peuvent exister contre des Blancs sans faire système. Il montre l’enjeu de ce concept porté par l’extrême droite et repris par la droite – et par Fabien Roussel. Bien argumenté.

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1 commentaire

  1. Berthelot Jacques le 31 mars 2025 à 18:25

    C’est effrayant d’entendre la petite musique des représentants du RN , de la droite , de certains à gauche, des éditocrates à propos de cette condamnation de Marine Le Pen , ce serait un déni de démocratie , une volonté politique de l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle.

    On croit rêver devant une telle bêtise .

    Les faits sont là , les juges ont appliqué une loi votée par le parlement.

    Parmi les imbéciles qui condamnent ce verdict , il y en a sûrement qui ont voté cette loi ! Les cons ! Les Tartuffes !

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