France-Algérie : les vrais raisons de la crise

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La lettre du 29 août 📨

par Loïc Le Clerc

L’été 2025 a été marqué par une nouvelle détérioration des relations entre la France et l’Algérie. Le pouvoir algérien use désormais de toutes ses cartes : détentions arbitraires et inhumaines d’un journaliste et d’un écrivain, facturation des locaux et terrains occupés par les représentations d’institutions françaises… La très mauvaise humeur des autorités algériennes ne redescend pas depuis l’été 2024. Quels sont les vrais enjeux ?

Les menaces et provocations du ministre de l’intérieur au sujet de l’application des OQTF – obligations de quitter le territoire – masque mal le fond du différend entre Paris et Alger : le devenir du Sahara occidental. Le Sahara occidental, c’est une bande de sable de 266 000 km² tout au Sud du Maroc. Rabat en revendique la souveraineté, l’occupe et le colonise. À l’inverse, Alger (et l’Organisation de l’unité africaine) soutient le Front Polisario qui lutte pour l’autodétermination des Sahraouis. Jusqu’alors, c’était aussi la position de la France, conformément à celle de l’Onu. Pour l’organisation mondiale, il s’agit d’un des 16 territoires dont la décolonisation n’est pas terminée (avec, notamment, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française). Mais en août 2024, changement de pied : Emmanuel Macron reconnaît la « marocanité » du Sahara et ne soutient plus le projet de référendum d’autodétermination. 

Emmanuel Macron avait pourtant commencé en marquant des points auprès des Algériens. En 2017, alors candidat à la présidentielle, il avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité » ; en juillet 2020, il confiait à l’historien Benjamin Stora la rédaction d’un rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, rapport qui, comme on peut le lire sur le site de l’Élysée« énonce des préconisations pour avancer sur un chemin d’apaisement ». Plusieurs d’entre elles ont été mis en œuvre comme la reconnaissance de la mort sous la torture du jeune mathématicien communiste Maurice Audun et l’assassinat d’Ali Boumendjel, avocat et dirigeant politique du nationalisme algérien. Mais ça, c’était avant. Avant l’été 2024.

Désormais, c’est Bruno Retailleau, confondant significativement le ministère de l’intérieur et celui des affaires étrangères, qui mène les relations avec nos voisins méditerranéens. Des menaces d’expulsions et de réduction du nombre de visas à la remise en cause des accords de 68, tout y passe. Alors que l’on croyait le ministre en roue-libre, le président vient mettre sa pierre à l’édifice de la crise, début août, en indiquant dans une lettre au gouvernement Bayrou que celui-ci doit se « faire respecter » et montrer « plus de fermeté et de détermination » envers l’Algérie.

Car Emmanuel Macron s’est découvert une nouvelle amitié avec le roi du Maroc, Mohammed VI. Misant sur le soft-power à travers le sport et le cinéma, le monarque a su bâtir une image attractive de son royaume, très occidental friendly. En échange de la signature des accords d’Abraham avec Israël en 2020, Mohammed VI a obtenu la reconnaissance de la « marocanité » du Sahara occidental par les Américains. C’était un objectif central. 

La réunion du conseil de sécurité en octobre 2025 va être un moment décisif. Stupeur : on comprend que la France veut préparer le terrain à une réforme profonde du mandat onusien. Il en serait terminé de l’objectif d’un référendum d’autodétermination. L’inscription du Front Polisario parmi les organisations terroristes est même envisagée : Donald Trump y est super favorable ! Ce serait un grave camouflet pour l’Organisation de l’unité africaine et pour Alger. La proximité de cette date explique la montée des tensions et l’allant élyséen. Désolant de voir la France s’activer pour jouer les petits colons de service !

Voilà comment, en quelques mois à peine, la France passe d’un travail de reconnaissance du passé colonisateur à un soutien envers une nouvelle aventure colonisatrice. Voilà comment la France abîme davantage ses rapports avec nombre de pays africains. À un moment, il faudra bien choisir entre la vassalité aux États- Unis – et le maintien d’un « camp occidental » – et le vaste monde qui s’annonce. Emmanuel Macron a choisi.


LFI et le Sahara occidental : quand c’est flou…

Une fois n’est pas coutume, La France insoumise est floue. Que pense-t-elle du Sahara occidental ? La question agite. Quand la député Farida Amrani salue la nouvelle prise de position française « qui conforte la souveraineté du Royaume du Maroc », la député Ersilia Soudais parle d’une « provocation qui piétine le droit international ». Jean-Luc Mélenchon lui-même s’avère changeant. Un jour, il considère les « propositions intéressantes » formulées par Rabat et « constate la ferveur marocaine » en faveur de la marocanité du Sahara occidental. Il précise d’ailleurs qu’« il n’existe aucune relation du mouvement insoumis institutionnel avec qui que ce soit d’autre que les partis de la démocratie marocaine » (comprendre : pas de relation avec le Front Polisario). Mais, début juillet, il relativise le sujet et dit refuser de « faire de la question du Sahara une cause de division populaire et obliger les diverses communautés françaises à s’aligner pour mieux les opposer ». Mélenchon affirme : « La position du mouvement insoumis et la mienne est la suivante depuis TOUJOURS : celle de l’ONU, ni plus, ni moins. Pas d’ingérence de la France ! » À son tour, il y a quelques jours, dans un long post sur Instagram, Rima Hassan explicite sa position : « Rien ne pourra être fait sans des négociations et accords avec la peuple Sahraoui dans le cadre d’un renouveau des relations algéro-marocaine qui ont tant à gagner plutôt qu’à se diviser ». Cinquante nuances : on n’était pas habitués.


Loïc Le Clerc

🔴 RÉFÉRENDUM DU JOUR

Trois propositions pour sauver la France de la faillite

Dans un entretien accordé à Libération et à France Info ce vendredi, Clémentine Autain formule une proposition de nature à débloquer la situation : redonner la parole au peuple sur le budget par un référendum avec trois propositions de recettes nouvelles. Pour la justice fiscale, la député reprend le projet de taxe Zucman (2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions) ; pour la bonne gestion des deniers publics, elle propose de conditionner les aides aux entreprises. Enfin, troisième proposition qui pourrait être soumise à référendum, celle d’un impôt minimum pour les multinationales – histoire aussi de tenir tête à Donald Trump et ses amis. Est-ce que ce référendum verra le jour ? Qui luttera verra. En tout cas, les questions méritent d’être débattues, à rebours des purges et saignées proposées par François Bayrou.

C.T.

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L’empire du silence – Les crimes impunis du Congo sur Arte : guerres, violences, massacres et viols, dans l’indifférence générale… Le Congo, depuis 1996, est en proie a des violences dont on parle trop peu – et face auxquelles trop peu s’insurgent. Une omerta insupportable.

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