Impôts des riches : la ministre ment et se voit promue par Macron
Ces temps-ci, les mensonges des ministres se ramassent à la pelle. Il ne faut pas s’y habituer. C’est la politique qui continue de s’y abîmer et de glisser vers le pire.
Selon une formule attribuée à Mark Twain, il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques. Amélie de Montchalin, ministre des comptes publics sous les gouvernements Bayrou et Lecornu en a commis deux.
D’abord un mensonge par statistiques sur le budget 2025. Un rapport de l’inspection générale des finances publié le 12 février confirme qu’il a manqué, en 2025, 6 milliards d’euros de recettes, essentiellement de la TVA, par rapport au budget de la ministre. 6 milliards, ce n’est pas l’épaisseur du trait. C’était, en réalité, tout à fait prévisible puisque les inégalités s’aggravent et que la consommation est en berne. Et c’était déjà le cas les années précédentes. Mais Madame de Montchalin, qui ne connaît pas la crise, a fait comme si de rien n’était.
Puis, un mensonge pur et simple. Le 11 janvier, l’ancien ministre Éric Lombard raconte dans Libération qu’il avait plaidé en vain auprès de l’Élysée et de Matignon pour une taxation différentielle sur les hauts patrimoines. C’était très modeste mais c’était trop. Il explique cependant : « La direction des finances publiques avait regardé : parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne payent aucun impôt sur le revenu ». Questionnée à l’Assemblée nationale par Elsa Faucillon, députée communiste, la ministre a répondu : « Il n’est pas vrai que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu. Il n’y a pas de documents à Bercy qui le montreraient. Et si c’était le cas cela ferait bien longtemps que cette situation aurait été dénoncée et corrigée. »
Là où Eric Lombard disait des milliers, la ministre parle de dizaines de milliers ! Après la vérification du président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel, le président et le rapporteur de la commission des finances du Sénat (le LR Jean-François Husson et le socialiste Claude Raynal) ont résumé des documents « confidentiels » obtenus à Bercy. Ils confirment que 13 335 ménages français (excluant les décès de l’année) très fortunés ne payent pas d’impôts sur le revenu. Le mensonge ministériel reste entier. D’autant plus que la fortune recensée est avant tout immobilière.
Comme l’explique Gabriel Zucman, « Bercy ne collecte plus aucune information depuis la suppression de l’ISF – leur patrimoine moyen total (immobilier plus financier) serait sans doute de l’ordre de 3 à 4 millions d’euros ». L’information n’est donc pas complète. « Combien, interroge Gabriel Zucman, parmi les grandes fortunes financières – par exemple les propriétaires d’entreprises – paient-ils zéro impôt sur le revenu ? Mystère. Combien parmi ces très hauts patrimoines, qu’ils soient immobiliers ou financiers, s’acquittent non pas de zéro euro mais de montants dérisoires, par exemple dix euros d’impôt ? Ou plus généralement, entre un et cent euros d’impôt, entre cent et mille, etc. ? »
Mais deux choses sont certaines : Amélie de Montchalin a menti et la justice fiscale devrait largement reposer sur la progressivité de l’impôt sur le revenu. Il s’évapore au contraire au sommet de la richesse. Emmanuel Macron (et Amélie de Montchalin) n’ont fait qu’aggraver les choses, mais cette réalité doit rester cachée et être niée par le mensonge.
Le 11 février, Amélie de Montchalin a été nommée première présidente de la Cour des comptes par Emmanuel Macron. C’est la première fois qu’un ou une ministre passe directement de Bercy à la Cour des comptes. Conflit d’intérêts plus mensonges : qui pourra faire confiance à ses rapports ?