11-Septembre : jour 1 de la politique du pire
Les attentats du 11 septembre 2001 ont fait entrer le monde dans un nouveau siècle. Dans les décombres des tours, on a abandonné la liberté et la démocratie pour se trouver un nouveau modèle : l’autoritarisme.
Le 11 septembre 2001, pour la première fois depuis plus de deux siècles, les États-Unis sont frappés sur leur territoire. Des milliers de personnes sont tuées, la population américaine abasourdie, le monde sous le choc. Sur le moment, nul n’a eu vraiment conscience que les attentats contre le World Trade Center marquaient la fin d’une époque. Nous payons encore aujourd’hui son prix politique.
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Dès le 18 septembre 2001, le Congrès étasunien adopte une résolution proposant la mise en place d’une juridiction d’exception. Le 25 octobre, le Patriot Act la concrétise. « L’état de guerre » entre dans le vocabulaire courant. Les États-Unis partent en guerre et tentent d’embarquer le monde : l’Afghanistan est attaqué et bientôt l’Irak. En 2002, la lutte contre le terrorisme devient un cœur de la politique européenne et fait l’objet d’une loi-cadre. En 2004, pour l’ONU, le terrorisme exige « une nouvelle norme internationale de protection ».
La France elle-même n’est pas à l’écart. Le tournant sécuritaire amorcé en 1997 et matérialisé en 2001 avec la loi sur la sécurité quotidienne se prolonge et s’amplifie sous l’effet des nouvelles « normes » internationales. Pour Manuel Valls, devenu ministre de l’intérieur, la « menace diffuse des ennemis de l’intérieur » justifie « un travail de surveillance constant et approfondi ». En 2014 et 2015, la France vote des lois d’exception qui vont entrer, au fil des ans, dans le droit commun. François Hollande conduit une « guerre contre le terrorisme » au Mali.
Désormais, partout, se conjuguent l’état de guerre, la tolérance zéro et le contrôle. « L’état d’exception » et la suspicion généralisée tendent à fonctionner comme un principe d’organisation de la société. La peur structure la politique.
L’incertitude est devenue l’horizon indépassable de notre présent ; l’insécurité en résulte. La politique sécuritaire, légitimée par la peur et entretenant la menace, apparaît comme l’ossature des politiques publiques et le critère ultime du « bon » gouvernement. Le travailliste Tony Blair invente l’« ordre juste » pour légitimer cette rigueur implacable.
La machine infernale est en route. Dès lors, à l’échelle planétaire, la prime est donnée aux forces qui font de la peur de l’ennemi le noyau de leur projet. Du trumpisme impérial à l’extrême droite européenne, c’est la même culture violente de la puissance qui est proposée pour réunir des sociétés éclatées par les inégalités et les désillusions.
La machine infernale est en route. La peur exacerbe sans fin le besoin de protection, magnifie les vertus de la frontière, nourrit la frénésie de la clôture. Face à un ennemi aux multiples faces, l’urgence relègue au second plan l’impératif du droit, national comme international. Les régulations pacifiques internationales sont décrédibilisées. L’autorité prime désormais sur l’expression démocratique, le pacifisme est tenu pour l’antichambre de la capitulation, la puissance devient la condition de la sécurité. L’accumulation des armements prend le pas sur le développement sobre des capacités humaines.
Dès lors, à l’échelle planétaire, la prime est donnée aux forces qui font de la peur de l’ennemi le noyau de leur projet, de leur vocabulaire et de leur programme. Du trumpisme impérial à l’extrême droite européenne, en passant par le suprémacisme hindou ou les nostalgies grand-russes, c’est la même culture violente de la puissance qui est proposée pour réunir des sociétés éclatées par les inégalités et les désillusions.
Il en est fini de cette période ouverte par la chute du soviétisme qui fantasmait le monde unipolaire autour de la seule grande puissance, les États-Unis. Il est loin le mariage soi-disant indissoluble du capitalisme et de la liberté. Le 11-Septembre a tout renversé et intriqué un capitalisme de plus en plus inégalitaire et gaspilleur dans un État de plus en plus autoritaire et technocratique. Ce mardi de ciel clair sur New York, deux avions projetés contre des tours lançaient un défi à la démocratie et à l’ordre mondial. Non seulement la réponse des États-Unis n’a pas mis fin au projet islamiste mais elle a enclénché le processus mondial qui étouffe plus de deux siècles d’idées démocratiques.
Le début de la « guerre contre le terrorisme » au nom de laquelle les sociétés autoritaires musellent violemment tout ce qui les remet en question, en France des Gilets Jaunes à Sainte Soline. Merci d’avoir cité M Valls qui n’a rien à envier aux faucons étasuniens en terme de détestation de la démocratie.
Les islamistes et l’extrême centre autoritaire se nourrissent l’un l’autre et ont besoin l’un de l’autre pour exister.