Comme prévu, les socialistes sont socialistes
Ce mardi soir, les dirigeants socialistes ont procrastiné. Une nouvelle fois, ils reportent aux calendes grecques leur participation à une primaire de toute la gauche. Ils referment la seule voie pour une candidature commune.
Comme prévu, la direction du Parti socialiste n’est pas parvenue à se mettre d’accord sur un mode de désignation du candidat qui aura leur soutien. Jour après jour, la crise s’aggrave dans le parti à la rose. Un an après les rencontres de Bagneux qui devaient initier une candidature format Nouveau Front populaire, toute la gauche hors La France insoumise, est dans les choux.
L’échec vient de loin. Le 2 juillet 2025, les unitaires réunis autour de Lucie Castet étaient pleins d’allant. Ils croyaient encore possible de rallier Jean-Luc Mélenchon à leur proposition. Le péril d’extrême droite devait obliger toute la gauche à s’unir. Depuis le 3 mai, et sa déclaration au journal de TF1, on sait définitivement que les Insoumis feront cavalier seul et n’entendent en aucune façon se trouver compromis dans ce « marigot ». Chez eux, c’est carré et c’est Jean-Luc. On reviendra prochainement sur ce qu’il reste d’incertitudes voire de contradictions dans leur stratégie. Mais en attendant ils tracent leur route.
Est-ce que LFI peut sans discussion représenter ou rassembler toute la gauche ? La vérité du rapport de force fait qu’ils ont la possibilité de réitérer la dynamique des précédents scrutins. Ils parient à raison sur le fait qu’il existe un électorat de gauche qui voudra peser et accéder au second tour. La montée des enjeux va certainement marquer les différents camps politiques. Climat, retraite, IA, migration, dette, défense : la netteté des oppositions entre les candidats va croître. Cela joue pour le regroupement des trois pôles autour d’un candidat aux propositions lisibles.
Est-ce que seule la France insoumise a une cohérence solide et de gauche à proposer ? Non. Mais à ce jour elle est la seule à pouvoir claquer la porte au nez de tous les autres et partir seule, sabre au clair. La tenue d’une primaire était la solution pour rassembler les autres forces de gauche, dans leur diversité, et donner au candidat désigné poids et crédibilité. En la jetant aux orties méthodiquement depuis des mois par leurs atermoiements et leurs renoncements, les socialistes ont enterré cette solution. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient ne pas pouvoir la gagner. Le positionnement du PS n’est pas au cœur de la gauche. Certains sont plus à gauche que d’autres mais collectivement ils n’ont pas remis à jour leur logiciel. Chloé Ridel a porté un projet approuvé par les militants socialistes à 83% qui se veut d’une « gauche radicale de gouvernement ». Le positionnement de son parti et de ses dirigeants en est très loin.
Cela ne change rien aux idées que se font les électeurs de gauche. Ils ne veulent plus de la politique de l’offre qui a mis notre pays dans le mur. Elle est le cœur de la pensée macronienne ; elle a été initiée sous François Hollande, président, et inscrite dans la logique des statuts du PS en 2007 sous François Hollande, premier secrétaire.
Cette volonté d’une proposition clairement à gauche se lit dans les études et enquêtes non publiées qui montrent qu’en cas de primaire François Ruffin l’aurait surement emporté. Les socialistes n’ont pas la culture du vieux PCF qui par deux fois en 1965 et en 1974 s’effaça au profit d’un candidat certes loin des communistes mais en position de porter la gauche, François Mitterrand. Ils pensent comme toujours, qu’il vaut mieux une bérézina qu’un soutien à une candidature plus à gauche qu’eux. Ils auront la bérézina et le ressentiment de tous ceux qui veulent une gauche rassemblée face aux dangers multiples.
Tout le reste n’est que littérature. Primaire ouverte ou restreinte pour désigner le candidat social-démocrate, qu’il s’appelle Hollande, Glucksmann, Guedj ou Bouamrane, ne changera rien. On sait déjà qu’aucun d’eux ne correspond à la gauche d’aujourd’hui. Le centre visé par ces candidatures socialistes est déjà suroccupé par Attal et Philippe. Et ceux-là font si peur que la gauche va se mobiliser pour les empêcher de continuer leur méchante œuvre.
PS : Juste avant la réunion de leur conseil national, l’Après, Génération.s, Debout et Les Écologistes se sont adressés ensemble au PS. Ils écrivent la vérité du choix que les socialistes ont à faire pour 2027 : « Soit vous tourner vers votre gauche, soit retourner à l’hollando-macronisme (…) soit avec nous, soit sans nous. »