Communisme municipal : une résistance sous tension — par Roger Martelli

nl

Le PCF conserve globalement ses positions municipales. Mais les pertes dans les villes populaires et industrielles, couplées aux percées du Rassemblement national, dessinent une géographie communiste en recomposition.

Le PCF s’en tire plutôt bien. Les élections de 2024 lui annonçaient un avenir municipal bien sombre. Dans les villes qu’il gérait depuis 2020, La France insoumise accumulait les scores insolents en Île-de-France et le Rassemblement national partout ailleurs.


TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER

👉 C’EST ICI ET C’EST GRATUIT


En fait, le PC devrait garder à peu près le même nombre global de mairies qu’en 2020. Il en avait entre 600 et 650, dont plus de la moitié comptaient moins de 1000 habitants, avec la plupart du temps une seule liste. Qu’en est-il dans les tranches supérieures ? Le tableau ci-dessous donne une première estimation.

Répartition par taille de la population administrée
 20202026
Plus de 50 000 99
De 20 à 50 0001713
De 10 à 20 0002625
De 5 à 10 0005846
De 3500 à 10 0003930
Total plus de 500011092

Le sommet reste stable, la perte de La Courneuve et de Corbeil étant compensée par la reconquête de Nîmes et d’Aubagne. Les communistes pensaient certes pouvoir reprendre la tête du Havre, de Champigny, d’Arles ou de quelques autres encore. Mais la brillante réussite de Nîmes tempère les déceptions. C’est dans les tranches inférieures que les chiffres se contractent. Au total, le PCF perd 45 villes, dont 12 de plus de 10 000 habitants. Six d’entre elles passent à l’extrême droite : la principale est Vierzon dans le Cher, suivie de Lillers dans le Nord, Elne dans les Pyrénées-Orientales, Harfleur en Seine-Maritime, Billy-Montigny et Grenay dans le Pas-de-Calais.

Par fondation, la commune est un lieu où l’on a pris l’habitude d’articuler du national et du local. Cette élection a une fois de plus montré que le local n’enregistre pas mécaniquement les résultats nationaux.

Les pertes se concentrent dans les zones de force traditionnelles, celles des concentrations urbaines, autour des anciens fiefs de l’industrie et métallurgique et de la banlieue qui a été le territoire par excellence du communisme en général et du communisme municipal en particulier. Les pertes de Douchy-les-Mines, de Rive-de-Gier, de Villerupt ou d’Algrange illustrent le premier espace, celles de Vénissieux et de La Courneuve étant de belles incarnations du second.

Les zones les plus peuplées se contractent. La banlieue parisienne, la « banlieue rouge » par excellence, fond comme peau de chagrin. Les communes de l’ancienne Seine dirigées par des communistes étaient 63 en 1945, 54 en 1977, encore 21 en 2014 et 15 en 2026. Ils administraient 8,6 millions d’habitants en 1977 et aujourd’hui autour de 2 millions.

Cela reste un espace politique local non négligeable, espace populaire, englobant à la fois de la banlieue, des métropoles, des villes moyennes et petites, et du rural. À la fois des « tours et des bourgs » en quelque sorte… Le communisme en mairie, cela va encore de Nîmes (un peu plus de 150 000 habitants) à Buxeuil dans l’Indre, avec ses 21 habitants.

Par fondation, c’est un lieu où l’on a pris l’habitude d’articuler du national et du local. Cette élection a une fois de plus montré que le local n’enregistre pas mécaniquement les résultats nationaux. Mais, en sens inverse, ce n’est pas parce que le PCF résiste mieux localement qu’il peut envisager tranquillement de reproduire ses réussites majoritaires sur le plan national. Depuis les années 60, c’est au cœur de vastes unions que le communisme municipal a vécu ses plus beaux jours.

Partager cet article

Actus récentes

Abonnez-vous
à notre NEWSLETTER
quotidienne et gratuite

Laissez un commentaire