Municipales : la Macronie est morte, Attal est content
Arrêtez tout, on tient la meilleure blague de l’année : le parti Renaissance aurait doublé son nombre d’élus ! Il passe d’une mairie de grande ville à deux !
C’est sympa, les municipales : tous les partis sont contents. Au PS, à LR, au RN, à LFI, comme le raconte Libé, « tout le monde raconte des victoires ». Et, tenez-vous bien, même chez Renaissance, c’est l’auto-satisfaction.
Gabriel Attal, en sa qualité de secrétaire général de Renaissance – mais si, vous connaissez, c’est le dernier nom d’En Marche/La République en marche/Ensemble pour la République ! – a jugé « net » le résultat de son parti. Il développe : « Nous doublons notre nombre d’élus. Chers amis, pour la première fois de son histoire, je vous annonce que Renaissance dirigera désormais une ville de plus de 100 000 habitants [Annecy, ndlr]. »
Visiblement, Gabriel Attal a fait sa déclaration un chouilla trop tôt, puisque Bordeaux a également été glanée par le parti présidentiel. #LaFolie
« Nous progressons et nous progressons partout, lance-t-il fièrement. Nous progressons aussi dans un certain nombre de villes où les têtes de liste n’étaient pas issues de Renaissance, mais nous participions à de larges rassemblements. »
En effet, pour constater une progression du côté de la Macronie, il faut voir large. Si l’on prend les résultats globaux des élections de cette année, pour ce qui concerne les communes de plus de 3500 habitants, le constat est « net » : au premier tour, les listes étiquetées Renaissance arrivent à la dernière place avec… 0,02% des suffrages. Un maire élu. À titre de comparaison, voici les scores des listes étiquetées uniquement sous le nom d’un parti :
| Premier tour | ||||
| Partis | Voix | % | Sièges | Maires élus |
| RN | 937 299 | 3,58 | 1 034 | 16 |
| LFI | 654 691 | 2,5 | 216 | 1 |
| LR | 561 117 | 2,14 | 1 910 | 61 |
| PS | 228 607 | 0,87 | 1 023 | 35 |
| PCF | 66 606 | 0,25 | 469 | 18 |
| UDI | 64 739 | 0,25 | 281 | 9 |
| Les Écologistes | 61 674 | 0,24 | 35 | 1 |
| UDR | 24 998 | 0,1 | 48 | 1 |
| Reconquête | 18 160 | 0,07 | 6 | 0 |
| Horizons | 13 726 | 0,05 | 29 | 1 |
| Modem | 7 586 | 0,03 | 51 | 2 |
| Renaissance | 4 866 | 0,02 | 28 | 1 |
Quant à la « victoire » des macronistes à Annecy ou Bordeaux, disons que cela rattrape les pertes de Lyon et de Besançon en 2020… D’autant plus terrible que Gabriel Attal ne peut même plus revendiquer la victoire d’Édouard Philippe au Havre, la seule ville de plus de 100 000 habitants gagnée en 2020, bien que sous l’étiquette « divers centre ». Allez Gabi, la Macronie a disparu des mairies, encore un effort et elle quittera l’Élysée, Matignon et même l’Assemblée nationale l’année prochaine !
Après au second tour… y’a plus vraiment de raisons de se concentrer sur les macronistes: parce que la formation politique qui performe c’est vraiment LFI!
Manifestement, là où le tissu social est populaire, salarié, peu patrimonial, la France Insoumise gagne; Elle plafonne là où la ville est plus « mixte », plus « cadres », plus « métropolitaine ». Ca suggère que là où les classes populaires sont importantes, c’est son terrain le plus favorable – plus on monte vers des espaces de domination salariale diplômée ou vers des zones plus liées au capital, plus la victoire devient difficile…
Du coup, on peut résumer les cas municipaux en trois blocs.
1. Les communes où LFI gagne seule
Saint-Denis (149 936 hab.), Roubaix (98 701 hab.), Vaulx-en-Velin (53 281 hab.), Vénissieux (65 689 hab.), La Courneuve (47 285 hab.), Creil (36 533 hab.). Ce sont presque toutes des villes populaires denses, banlieues ou bassins ouvriers. La structure sociale et le résultat électoral se correspondent fortement. Maintenant, même quand LFI dépasse 50 % des exprimés, elle reste souvent entre 12 % et 24 % des inscrits à cause d’une abstention élevée.
2. Les communes où LFI pèse via une coalition
Le Tampon (83 518 hab.) et Saint-Paul (109 405 hab.) à La Réunion. Ici, la logique reste populaire mais passe davantage par des coalitions locales que par une bannière LFI pure. En clair : terrain favorable, mais médiation politique locale plus forte.
3. Les communes où LFI fait une grosse performance sans gagner
Toulouse (519 940 hab.), Villiers-le-Bel (30 195 hab.), Villeurbanne (164 747 hab.), Créteil (93 813 hab.). A Toulouse : LFI mène la gauche, progresse fortement, mais perd ; cela colle à une grande métropole socialement mixte, où elle peut être forte sans être majoritaire. A Créteil et Villeurbanne : même logique, mais avec une progression plus limitée ; ce sont des villes plus mixtes, plus institutionnelles, où le bloc social favorable à LFI existe sans être central. A Villiers-le-Bel, la ville semble très favorable sociologiquement, et pourtant LFI perd de peu probablement à cause d’une importance accrue des appareils locaux, de l’histoire municipale et des alliances adverses qui continuent de compter…
Au fond, si on doit synthétiser, ça tient en une phrase : les municipales 2026 montrent moins une dynamique uniforme de LFI qu’une géographie sociale de ses possibilités. Là où le bloc populaire est dense et lisible, elle peut gagner. Là où il est plus dilué dans une ville mixte, elle peut monter haut sans emporter la mairie. Et dans certains territoires, surtout outre-mer, elle existe davantage comme force de coalition que comme étiquette autonome.
Après j’oublie un paquet de configurations spécifique ou LFI joue un rôle important: Saint-Fons, Aubervilliers et Évry-Courcouronnes, où la presse locale ou nationale identifie une présence insoumise politiquement notable ; ensuite des configurations d’alliance ou de coalition avec présence LFI comme Wattrelos, Grigny, Beauvais, Draguignan, Fécamp et Vaires-sur-Marne ; enfin des territoires où LFI existe électoralement sans conversion municipale claire, comme Conflans-Sainte-Honorine, Montreuil, Pantin, Les Lilas, Le Pré-Saint-Gervais, Tremblay-en-France, Vitry-sur-Seine et Villejuif.
Donc, cette élection s’inscrit, somme toute, en grossissant le trait, dans une logique assez matérielle :
– bloc populaire concentré = victoire de la gauche de rupture plus probable ;
– bloc populaire plus diffus = performance, parfois coalition, souvent plafond ;
Pour le coup, si ces municipales doivent être utilisées par certains pour tirer des traits sur la comète, voilà ce qu’il faudrait rappeler:
Les communes identifiées comme les plus favorables à LFI sont aussi, en 2022, des forteresses Mélenchon. À Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon faisait 61,13 % au 1er tour de la présidentielle ; en 2026, Bally Bagayoko gagne la mairie dès le 1er tour avec 50,77 %. À La Courneuve, Mélenchon était à 63,95 % ; en 2026, Aly Diouara gagne avec 51,53 % au second tour. À Vaulx-en-Velin, Mélenchon faisait 54,94 % ; en 2026, Abdelkader Lahmar l’emporte avec 50,49 %. À Roubaix, Mélenchon était à 52,50 % ; en 2026, David Guiraud gagne avec 53,19 %. À Creil, Mélenchon faisait 56,13 % ; en 2026, Omar Yaqoob gagne avec 51,19 %. À Toulouse, Mélenchon faisait 36,95 % au 1er tour de 2022, ce qui est très élevé pour une grande métropole ; en 2026, François Piquemal mène la gauche à 27,56 % au 1er tour puis monte à 46,13 % au second malgré un taux d’abstention en hausse par rapport à la dernière présidentielle pendant laquelle Mélenchon faisait finalement un score quasi-similaire! Donc sur le noyau populaire dense, la cohérence est franchement forte : la géographie Mélenchon 2022 recoupe bien la géographie municipale LFI 2026.
Ailleurs, dans d’autres villes ou la cohérence apparente est moins forte, on voit nettement que les municipales mobilisent beaucoup moins les électeurs que la présidentielle… Par exemple à Villeurbanne, le score de Mélenchon 2022 est obtenu malgré 24 518 abstentionnistes, là ou Mathieu Garabedian réalise le sien face à ~43000 abstentionnistes (2 tours confondus)!!! A créteil c’est encore plus flagrant… ~27% d’abstention à la dernière présidentielle et ~58% aux municipales! Etc…
On peut dire que, globalement, il y a potentiellement beaucoup de municipalités où l’explosion de l’abstention municipale par rapport à la présidentielle fait vraisemblablement s’effondrer la traduction locale du vote présidentiel « Mélenchon 2022 » ; Par contre, il est clair que LFI paraît mieux armée pour « rester » (à minima) à un très haut niveau de premier tour aux prochaines élections présidentielles!
Moi qui me résignait à une victoire du RN pour 2027, je vois potentiellement une issue positive pour une gauche de rupture à cette échéance! Aaahh… Ca fait du bien de respirer un peu!