Saint-Denis : anatomie d’un soulèvement électoral — par Alain Bertho
Était-ce une élection ou un soulèvement ? La victoire de Bally Bagayoko est un événement qui déborde de la « ville des rois morts et du peuple vivant ». Des femmes, des hommes, de tous âges, ont repris confiance dans leur capacité à peser sur le monde. Elles et ils ont retrouvé la fierté d’un Nous exigeant face à la violence de classe, à l’injustice et au chaos démocratique actuel.
De mémoire de Dionysien.es, on n’a jamais vécu ça. La salle des mariages de l’Hôtel de Ville est comble, grondante de la joie qui monte. Les mililitant.es de longue date se pressent avec une jeunesse smartphone au poing, des mamans en foulard, des têtes nouvelles comme les jeunes militant.es de Révolution permanente, des fonctionnaires de la ville… On crie, on pleure, on s’embrasse. Les résultats des 62 bureaux de vote arrivent peu à peu. Chaque cumul provisoire fait monter la tension et l’enthousiasme : 50,7, 50,3, 49,9, non 50,9. On commence à y croire : ça passe vraiment au premier tour !
On s’en doutait un peu. Les échos de la participation en hausse dans la journée, les jeunes qui votent dans les quartiers et puis la sidération à 20 heures : sur huit tables de dépouillement, pas une table où Bally Bakayoko est en dessous de 50. Le maire, Mathieu Hanotin qui préside le bureau n°1 ne s’y trompe pas. Visage fermé, regard fuyant, il disparaît dans les couloirs de la mairie sans proclamer les résultats de son bureau comme c’est pourtant la règle.
Alors Saint-Denis a commencé à reconquérir cette maison commune où il fallait, ces six dernières années, passer un contrôle d’identité pour assister au conseil municipal. La jeunesse entraîne tout le monde, chante, danse, saute, lance les slogans : « Hanotin casse-toi, Saint-Denis n’est pas à toi », « Gilet pare balle ! », « Siamo tutti antifascisti », « Nous sommes tous des enfants de Gaza », « Bally, Bally, Bally ! »… Jimmy a apporté son Djembé. Il faudrait pousser les murs.
Quand Bally Bakayoko arrive, il est porté en triomphe. Mais il a bien du mal à obtenir le calme pour la proclamation des résultats par le maire sortant, sonné comme ses adjoint.es présent.es. À une heure du matin passée, on ne parvient pas à se séparer sur le parvis de la mairie, verre à la main. On aimerait toutes et tous prolonger ce sentiment soudain de libération profonde. Celles et ceux qui se croisent le lendemain matin dans la rue s’étonnent encore et s’interrogent : « Tu ne trouves pas qu’on respire mieux ? »
Décidément, cette victoire électorale a une consistance particulière. Elle est plus que l’addition arithmétique de décisions personnelles. Elle a quelque chose d’un soulèvement, d’un événement libérateur partagé qui fonde du commun. Cette dimension éminemment politique est passée sous les radars de la plupart des journalistes, des commentateurs politiques, voire des analyses socio-politiques. Il fallait être là pour en sentir la force.
De l’essoufflement du communisme municipal….
La victoire de la liste socialiste avec 60% au second tour en 2020 pouvait pourtant apparaître comme la clôture d’une histoire longue d’un siècle, ouvrière, solidaire et communiste. L’inconcevable était arrivé. L’essoufflement de l’équipe sortante s’était soldé par la division au premier tour entre le maire sortant PCF (Laurent Russier) et un de ses adjoints non encarté, Bally Bagayoko, qui rejoint LFI et monte une liste insoumise citoyenne. Le PCF reste en tête mais la fracture est trop vive pour une réconciliation d’entre deux tours. La fusion n’a pas lieu. La liste de Bally Bagayoko se retire. La dynamique n’est plus là. Mathieu Hanotin, déjà élu député en 2017, triomphe.
Or dans une ville qui vote régulièrement à 75% à gauche, il n’y a que deux espaces politiques possibles pour le PS. S’il n’est pas l’allié minoritaire du communisme municipal, il cristallise les espoirs ces celles et ceux qui s’y opposent. Il y a un électorat de droite dans la ville. Mais comme le montrent les graphiques ci-dessous, cette droite ne s’exprime dans les urnes que dans les scrutins nationaux (présidentielles et européennes sur la séquence 2014-2026). Lorsque des intérêts locaux et des personnalités locales sont en jeu, cette droite investit massivement sur le PS. Jordan Bardella lui-même, alors électeur à Saint-Denis, s’est vanté d’avoir voté Hanotin en 2020.


À Pierrefitte, le Parti socialiste a conquis la mairie dès 2008 : Michel Fourcade, premier adjoint de la maire communiste Catherine Hanriot, conduit une liste socialiste. La maire sortante est éliminée dès le premier tour, laissant Michel Fourcade battre la droite au second. Ni en 2014, ni en 2020, les listes d’union (avec LFI en 2020) menées par Farid Aid (PCF) ne parviennent à le déloger.
Cet ancrage presque bi-décennal du PS à Pierrefitte a sans doute pesé dans la décision de Mathieu Hanotin de procéder à la fusion des deux villes, lancée officiellement le 20 avril 2023 et scellée le 1er janvier 2025. Comme on prendrait une assurance électorale. Avait-il compris que sa politique le rendrait impopulaire à Saint-Denis même ? Il ne manquait pas de raisons pour cela.
… à la normalisation libérale
Celui qui a accueilli en grande pompe le candidat Macron entre les deux tours de la présidentielle de 2022 avait un projet clair : faire table rase du communisme municipal dans toutes ses dimensions.
L’équipe de Mathieu Hanotin se lance avec acharnement dans la démolition de ce qui faisait l’originalité de cette ville populaire et solidaire. En janvier 2025, je parlais dans Mediapart « d’une sorte de laboratoire du pire » : « Les antennes jeunesses sont laissées à l’abandon, des ludothèques ferment, les bus n’assurent plus la liaison entre les cités et le centre-ville, les habitants sinistrés sont laissés à leur sort après un incendie comme les femmes isolées avec leur enfants sans abri, les centres de loisir sont sous encadrés, les écoles grelottent, les personnels sont réprimés, la police municipale multiplie les dérapages…. » Les loyers et les charges du parc social géré par Plaine Commune Habitat explosent.1 L’opération d’expulsion de l’association Mamama qui, depuis le covid, vient en aide aux mères isolées dans des locaux publics qu’elle occupe à la Plaine est lancée dès 2022. La liste est plus longue encore, rappelée pas le matériel électoral de 2026 .

Normaliser, détricoter les solidarités et les services publics qui les soutiennent ne leur ont pas suffi. Il leur a aussi fallu normaliser le paysage urbain, déplacer le marché, installer à la place un « espace vert » digne d’un dessin animé de Walt Disney, casser des œuvres d’architectes : atteintes au travail des paysagistes et architectes Michel Corajoud et Yves Lion sur la couverture de l’autoroute A1 à la Plaine, destruction de la fontaine des architectes Paul Chemetov et Borja Huidobro place du 8 mai 1945, la destruction de la fresque d’Eloy Torrez au Franc-Moisin, destruction de la fontaine d’Horia Damian place Jean Jaurès. Le dernier épisode, suspendu in extremis par l’élection du 15 mars était le saccage de l’architecture de Renée Gailhoustet en plein centre-ville.
Le Parc Marcel Cachin est clôturé malgré l’opposition des riverains. Et débaptisé au passage. La rénovation du centre-ville prévoit la réduction de 60% du jardin partagé Haguette installé en centre-ville depuis 2016 et qui réunit 100 à 200 personnes lors de ses fêtes saisonnières.
Sur le plan culturel, la ville réduit drastiquement son soutien financier au Théâtre Gérard Philippe. La compagnie Jolie môme qui a créé un théâtre dans l’ancienne salle de bal ouvrière de la Plaine en 2004 (« la Belle étoile » ) est priée de faire ses valises.
Voilà le visage réel de la « ville apaisée » portée par l’équipe municipale pendant six ans : une ville normalisée dans son fonctionnement comme dans son esthétique. Une ville où l’on veut imposer la logique du marché en lieu et place de la solidarité. Transformer un bastion de créativité solidaire en décor de carton-pâte pour classes moyennes frileuses et investisseurs moins frileux.
La peur, le mépris et la haine
Une des premières décisions de la nouvelle municipalité fut la suppression du Journal hebdomadaire de Saint-Denis, vrai journal d’information locale et de débat, lien entre les habitants et la vie associative.
Puis tout un symbole : le projet de l’ancienne municipalité de créer une maison des pratiques artistiques dans l’ancien commissariat est abandonné au profit… de l’installation des locaux de la police municipale.
Elle fut la fierté de ce maire. On recrute à tour de bras, y compris chez d’anciens de la BRAV-M. La « sécurité » selon Saint Mathieu devient une sorte « d’insécurité policière ». Un commerçant menace de fermer en raison des « agression verbale, menaces, tentative d’intimidation et abus de pouvoir de la part de la police municipale ». Cette police est mobilisée pour l’interpellation et la garde à vue d’un agent de la ville en conflit avec son supérieur. Les bavures se multiplient : violence à la Plaine en 2025 , interpellation musclée en 2023, molestage d’une témoin trop curieuse en 2026…
La normalisation libérale sera disciplinaire ou ne sera pas. Telle est l’image que cette équipe en partie venue d’ailleurs a de la population de Saint-Denis un peuple qui ne se tient pas sage, un peuple à surveiller partout en multipliant les caméras de vidéosurveillance.
La cantine gratuite était un promesse de campagne. Sa mise en place s’avère très couteuse pour les parents soumis sans avertissement à des pénalités pharaoniques en cas d’absence imprévue de l’enfant.
Les espaces de concertation démocratiques sont supprimés comme le Conseil de développement de Plaine Commune en 2022. Les Conseils citoyens sont privés de moyens et de locaux. Le budget participatif s’évapore. Derrière la novlangue managériale, le « rapport sur la démocratie locale » adopté par le Conseil de territoire de Plaine Commune en avril 2023, liquide toute forme de démocratie formelle.
Au quotidien la mairie fait le ménage. La Fête des associations de Saint-Denis se ferme aux stands syndicaux et politiques. Les subventions associatives de la ville comme de la politique de la ville sont dépendantes du degré d’allégeance de la structure vis-à-vis de la municipalité. Les collectifs repérés comme non alignés se voient interdire de salles de réunion publique. Le collectif de l’ilot 8 qui se réunissait depuis des années dans un local commun résidentiel surnommé la « maison jaune » trouve du jour au lendemain la porte close et la serrure changée.
Aux pratiques bureaucratiques s’ajoute l’agressivité verbale (mais parfois écrite) face à toute critique et des comportements irrespectueux vis-à-vis de élus.es d’opposition au Conseil Municipal.

Anonyme – réseaux sociaux
Ce mépris agressif de la population dans son ensemble est sans doute l’expression d’un habitus de classe, celui d’une petite bourgeoisie plutôt blanche en situation coloniale. Il est aussi l’expression d’une authentique peur de ce peuple indiscipliné qui l’assiège. L’image qui en restera est celle d’un maire revêtu d’un gilet pare-balle alors qu’il accompagne la police dans un quartier proche du centre-ville. Comme si, pour lui, tout jeune racisé était un dealer en puissance.
Une bascule nationale
Il est clair qu’entre l’essoufflement du communisme municipal et la brutalité de la normalisation libérale, il y a la place pour un autre récit d’émancipation. Les habitant.es de Saint-Denis et Pierrefitte reconnaissent en la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2022 et la liste de Manon Aubry en 2024, un récit qui fait écho à ce qu’ils vivent et aimeraient espérer. Par deux fois, dans les deux villes, la France Insoumise recueille la majorité absolue des voix exprimées avec une participation double de celle des municipales de 2020.

À Saint-Denis, à la présidentielle de 2022, LFI recueille 18784 voix contre 2468 aux municipales de 2020. À Pierrefitte 4322 voix contre 882 en 2020 (premier tour) pour la liste d’union PC-LFI. Le récit national du PCF semble perdre toute pertinence hégémonique : 692 voix en 2022, 674 en 2024 à saint Denis, respectivement 212 et 511 à Pierrefitte. Si le député sortant Stéphane Peu (PCF, actuel président du groupe) est réélu triomphalement aux législatives de 2024, il le doit certes à son enracinement local mais d’abord à l’accord national de candidature unique scellé par le Nouveau Front populaire. L’électorat écolo-socialiste de la majorité municipale d’alors tombe à 1236 voix à la présidentielle (quinze fois moins que LFI) et remonte à 3364 deux ans plus tard (trois fois moins que LFI).

La conclusion politique est claire sur plusieurs points. D’abord la mobilisation électorale profite exclusivement à La France insoumise, accréditant l’idée que la résistance au chaos politique est à chercher dans la mobilisation des abstentionnistes. Ensuite que cette mobilisation dépend en grande partie de la globalité, de la radicalité et de la crédibilité nationale de ce récit.
C’est dans cette radicalité, dans la prise en compte explicite des violences (racistes, islamophobes, policières notamment) qu’elles et ils subissent au quotidien et que la politique institutionnelle refuse de voir, qu’elles et ils trouvent leur place dans la communauté nationale, ses débats et ses enjeux. La mobilisation contre guerre génocidaire menée par Israel à Gaza a fait le reste dans cette ville monde qui vit aussi au rythme des soubresauts du monde.
Une mobilisation des résistances et des solidarités
La séquence législative de juin 2024 a réveillé la ville qui retrouve le chemin des urnes. Les deux députés sont élus dès le premier tour : Éric Coquerel (LFI, 1ère circonscription ) avec 65% et Stéphane Peu (PCF, 2ème) avec 72%. Avant le deuxième tour, dans la grande salle de la Bourse du travail pleine, sont posées les bases d’un comité local du Nouveau Front populaire.
Curieuse géométrie que celle de ce comité dont nous mesurons la singularité lors des rencontres nationales des comités locaux. Les seuls partis investis localement sont LFI, le PCF et le NPA auxquels s’ajoutent des militant.es et responsables d’associations ou de collectifs non encarté.es. Le Comité, relié par un groupe Wattsapp de plus de 200 membres, prend le rythme de réunions hebdomadaires durant l’été et continue ainsi jusqu’au printemps 2025.
Très rapidement, il s’avère avoir une double utilité. La première est celle de faire cohabiter PCF et LFI dans un collectif sous le regard exigeant des non-encarté.es. La second est celle de devenir le carrefour des collectifs de lutte et de résistances locaux, du Comité Palestine au Jardin Haguette, du collectif (inter associatif) de soutien des sans papiers au Dal, du Collectif contre la suppression des bus au MNLE, de la CGT au collectif de défense de l’ilot 8.
Cette particularité a permis l’organisation de deux forums (le 7 décembre 2024 et le 6 avril 2025) ayant pour ambition de « faire ville » à partir des mobilisations locales, et d’interpeller les organisations politiques . avec en perspective les municipales…. Cette dynamique a culminé à l’automne 2025 avec l’organisation, en lien avec les Union locales syndicales, d’un « Carnaval des luttes » unitaire le 11 octobre 2025.

11 octobre – Carnaval des luttes
Cette logique de mobilisation et d’organisation de l’unité populaire, à laquelle l’auteur de ces lignes a consacré pas mal d’énergie, réussissait ainsi ce que l’initiative de mise en place d’un « Forum local des solidarités dionysiennes » en 2023 ambitionnait. Mais le comité avait néanmoins quelques limites. Mobilisant les réseaux militants déjà constitués, il avait finalement peu d’ancrage chez les plus jeunes et dans les quartiers. La volonté unanime d’unité pour les municipales recouvrait en réalité une réticence numériquement forte vis-à-vis de LFI et de son chef de fil, Bally Bagayoko.
La volonté unitaire des partis (LFI et PCF) s’affiche très tôt, dès la fin de l’année 2024. Mais la revendication légitime et raisonnable de la tête de liste par LFI entrave durant des mois sa concrétisation du côté de ses partenaires communistes. Si elle est acceptée par Seine Saint-Denis au Coeur, elle a du mal à passer chez un certain nombre de militant.es investi.es dans le Comité NFP et pas seulement parmi les membres du PCF.
À partir du printemps 2025, trois dynamiques parallèles se sont engagées :
- La poursuite de la mobilisation commune des collectifs qui a culminé dans le Carnaval des luttes et s’est traduit par un bouquet d’interpellation des listes durant la campagne municipale.2
- L’accélération de la campagne de terrain de LFI qui a multiplié les initiatives publiques dans les cités (où il s’appuie sur militat.es et réseaux) en commençant par réunir 200 personnes à Franc-Moisin pour des ateliers programmatiques le 1 juillet. En septembre 2025, LFI s’inscrit dans le Mouvement « Bloquons tout » à Saint-Denis. En octobre 2025, la Maison du Peuple de Pierrefitte est bondée pour un meeting avec Clémence Guetté.

Franc-Moisin, 1er juillet. Atelier programmatiques de LFI
- Le lancement d’un appel unitaire et la création d’un collectif citoyen « On s’en mêle » qui multiple lui aussi les initiatives sur la démocratie locale, sur la promotion de candidatures citoyennes et ambitionne de faire pression sur l’union partisane en proposant y compris de recourir à une primaire citoyenne sur la tête de liste.
Mais l’union entre LFI et le PCF est sans surprise scellée ailleurs et autrement : un accord départemental est finalement signé le 5 décembre 2025 entre le PCF et LFI. Les débats sont tranchés. Ce sera Bally. La campagne unitaire peut commencer.
Le quartier dans un récit national
L’unité emporte tout. Le premier meeting se déroule dans une Bourse du travail qui déborde de toutes part. La dynamique est forte, les porte-à-porte massifs. Une place est laissée à la créativité des quartiers. Sur Tiktok et l’ensemble des réseaux, la campagne est foisonnante, quasiment autogérée dans ses thématiques et ses visuels artisanaux.
On se reconnait si facilement dans une tête de liste entièrement racisée, de LFI au PCF en passant Par « Seine-Saint-Denis au cœur ». La politique n’est plus à distance sociale et culturelle. Comme disait un électeur interrogé par un micro-trottoir télévisé : « Bally il est des nôtres, il a mangé de la pierre comme nous ».

Sous l’impulsion de LFI, la campagne de terrain s’accompagne d’une volonté de donner une dimension nationale au scrutin. Les deux députés, président LFI de la Commission des finances et président du groupe PCF à l’Assemblée sont particulièrement investis. La photo de Jean-Luc Mélenchon est omniprésente sur le matériel de campagne. Martine Panot intervient dans le second meeting. Jean-Luc Mélenchon fait l’événement au dernier, quelques jours avant le premier tour, devant une salle débordante de toute part, jeune, racisée et incandescente. Manon Aubry participe au dernier tractage sur le marché.
Au jour J, les quartiers sont là. Les jeunes, souvent primo votants, se sont donné des rendez-vous pour se donner du courage. Le résultat est impressionnant surtout à Saint-Denis.

La moitié des bureaux donnent une majorité absolue à la liste. Quatre bureaux dépassent les 70%, 11 sont entre 60 et 69%. Ce sont les bureaux des cités Franc-Moisin, Floréal, Cosmonautes. Révolution Permanente profite de la vague (et de l’absence du NPA qui soutient la liste d’union) : leur score est historique, dépassant le score cumulé des deux listes de droite. Mais Elsa Morel mobilise surtout dans le centre et peu dans les quartiers.


Un nouveau commun politique
Soyons sincères : la mobilisation a dépassé les espérances. La ville n’a pas seulement répondu à une « offre » électorale. Elle a contribué à la construire, à lui donner sens. Cette ferveur a produit du commun. Elle confie une responsabilité considérables à la jeune équipe qui va prendre les responsabilités pour six ans : celle de proposer des cadres, des espaces d’expression et de co-construction à ce commun populaire.
La foule qui se pressait salle des mariages le 15 mars au soir était certes là pour acclamer son champion, porté en triomphe à son arrivée. Mais elle était aussi là pour fêter sa propre victoire, celle de la « ville des rois morts et du peuple vivant », en scandant « Hanotin, casse-toi, Saint-Denis n’est pas à toi », « Et Saint Denis elle est à qui ? À nous ! à nous ! à nous ! »
C’est ainsi que peuvent naître des cultures politiques et démocratiques. Comme le fut celle des villes ouvrières de la banlieue rouge. Un peu rajeunie néanmoins Si nous avons toutes et tous scandé « siamo tutti antifascisti » et « Nous sommes tous les enfants de Gaza », nul n’a entonné l’Internationale (pourtant imposée par la salle lors du meeting avec Jean-Luc Mélenchon) : il y a fort à parier que seul.es les plus âgé.es et les militant.es de Révolution Permanente en auraient repris l’air et les paroles…
- Cet article a valu à l’association que je préside (un jardin partagé) la coupure totale des subventions publiques en 2025 et 2026. ↩︎
- Le DAL, le collectif combat pour l’hébergement 93, le centre socioculturel coopératif le 110, le Jardin Haguette, Stop violences policières, Collectif pour le respect des droits des étrangers, Collectif Bus ↩︎