Conclave sur les retraites : fumée blanche… pour une grande arnaque ? (3ème partie)

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Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.

La période de la mondialisation version néolibérale est en passe de se clore. Donald Trump fait entrer le monde dans une nouvelle phase de type néo-impérialiste sous le règne de la loi du plus fort, de l’autoritarisme politique et d’une offensive culturelle réactionnaire1. Les pays européens et l’Union européenne sont particulièrement menacés. La résistance et l’alternative à cette nouvelle « grande transformation » du capitalisme ne sont pas encore déployées ou même élaborées, ni par les sociétés, ni par les politiques.

Faux dilemme

Face à la politique Trump et à la menace du néo-impérialisme russe, les dirigeants de l’Union européenne ont donné la priorité aux dépenses militaires et au réarmement européen.

En France, les pouvoirs économiques et politiques s’en servent comme levier pour l’austérité et contre les services publics, les retraites et les dépenses sociales. S’adressant aux Français le 5 mars, Emmanuel Macron a donné le tempo : « Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés. Pour cela, il faudra des réformes, des choix, du courage. »

Ils voudraient affaiblir politiquement et socialement le combat qu’ils prétendent mener qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Car il n’y a pas besoin d’austérité et de retraite à 64 ans, ou plus, pour financer la croissance des dépenses militaires qu’ils projettent.

1. Il ne s’agit pas d’économie de guerre. Les dépenses militaires seront de 50,5 milliards d’euros en 2025. La loi de programmation militaire prévoyait 67 milliards en 2030. Il s’agirait d’aller à 100 milliards. Soit un effort supplémentaire de 1 point de PIB à cet horizon (+0,2 point de PIB maximum par an).

2. Comme le soulignent l’économiste Henri Sterdyniak ou son collègue Jean-Marie Harribey, si la hausse des dépenses militaires donne la priorité à la production nationale (ce qui n’est pas acquis), elle sera financée par cette croissance de la production. Celle-ci augmentera les rentrées fiscales et pour la protection sociale, retraites comprises.

3. Il y aura effectivement problème si la production de biens de consommations et de services n’augmente pas ou pas suffisamment. Ça fera de l’inflation. Ce n’est pas fatal. Contrairement à ce que dit Emmanuel Macron, on peut augmenter des impôts (mais pas n’importe lesquels) pour accroître la production et la qualité des services publics et sociaux et soutenir les transformations écologiques de la production et de la consommation.

Des avances de crédit supplémentaires seront aussi nécessaires pour financer les investissements dans le secteur de l’armement. Il faut porter cet enjeu au niveau européen comme cela a été fait pour le covid. Y compris la responsabilité de la Banque centrale européenne.

« Des chars ou des retraites. Le faux dilemme », titre à raison le numéro d’avril d’Alternatives économiques.

Vrais remèdes

Ce jeudi 3 avril, les syndicats CGT, UNSA, FSU et Solidaires appellent à une journée de mobilisation contre les politiques gouvernementales envers les fonctionnaires. Et la CGT appelle tous les salariés à rejoindre les fonctionnaires et les agents publics, y compris par la grève, dans les rassemblements et les manifestations pour exiger l’abrogation de la réforme des retraites et l’augmentation des salaires. 

« De l’argent, il y en a », expose la CGT. Précisons : Michaël Zemmour a publié sur Bluesky le graphique ci-dessous.

Pour rappel on est à un niveau de "dépenses publiques" en point de PIB inférieur à 2014-2017, légèrement supérieur à 2018-2019.En 2018 (année exceptionnelle, au déficit à 2,3%) les dépenses étaient plus faible de 0,7 points de PIB. Les prélèvements étaient plus hauts de 2,1 points de PIB.

Michaël Zemmour (@michaelzemmour.cpesr.fr) 2025-03-27T21:33:28.836Z

Il est très parlant : en part du PIB, le niveau des dépenses publiques n’a pas explosé. Il est inférieur à la période 2014-2017. Par contre les « prélèvements » ont diminué de deux points de PIB. En clair. La politique Macron a accéléré la baisse des impôts sur les « entreprises », les profits et les dividendes. Politique inefficace s’il en est. Les milliardaires y ont beaucoup gagné. La production nationale beaucoup moins. Et le déficit s’est creusé. Il est donc plus que justifié d’opérer des hausses de prélèvements qui viseraient notamment les plus fortunés, les très gros héritages ou des aides publiques inefficaces (crédit d’impôt recherche par exemple). Les économistes Anne-Laure Delatte et Lucas Chancel ont évalué qu’une réforme fiscale ciblée d’une dizaine de mesures pourrait générer jusqu’à 50 milliards d’euros de recettes annuelles.

Mais on ne financera pas les retraites par un impôt sur les milliardaires. Ce sont les cotisations qui doivent assurer un financement durable du système du retour à 62 ans et des autres améliorations nécessaires. C’est aussi la seule façon de diminuer les inquiétudes des actifs actuels sur leur retraite future. La CGT met l’accent sur l’amélioration générale des salaires, l’égalité salariale hommes-femmes, l’assujettissement aux cotisations des primes d’intéressement et de participation ou une hausse de 1% des cotisations patronales.

Mais si tel avait été le cadre et les objectifs du conclave, même une augmentation des cotisations sociales des salariés aurait pu faire partie de la négociation. Fin 2024, Michaël Zemmour avait calculé que l’abrogation du passage à 64 ans « pourrait être financée par une hausse de cotisations de l’ordre de 0,15 point par an, à partager entre employeurs et salariés, pendant six ans ».


  1. Voir notamment l’analyse stimulante de Arnaud Orain et son livre Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIᵉ – XXIᵉ siècle), Flammarion, janvier 2025. ↩︎

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